« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

25 mai 2017

ASCENSION

Plan de cet exposé :
Un fait réel et historique
La gloire du Christ ressuscité
Prêtre pour l’Éternité
Présent dans l’Église
Le Christ entre au ciel avec l’Église
L'attente du retour du Christ
La Liturgie de l’Ascension


Un fait réel et historique

L’Ascension du Christ est un des mystères de la Foi. Nous le proclamons dans le Credo :
Et ascendit in caelum ; sedet ad dexteram Patris.
Annoncé à mots couverts par le Christ (Jn 6,63 et 20,17), l’événement est rapporté par les évangiles de saint Marc (16,14-20) et de saint Luc (24, 50-51). Les Actes des Apôtres en donnent un récit plus détaillé et précisent qu’il eut lieu quarante jours après Pâques.

L’ambiance actuelle du monde provoque au doute, comme pour tous les autres faits surnaturels de la vie du Christ. Le récit de l’Ascension est assimilé aux légendes mythologiques de l’antiquité. L’état actuel de la science peut sembler incompatible avec cette idée d’un ‘ciel’ où le Christ vivrait en son corps entouré de la cour céleste des saints et des anges. Jusqu’au Moyen-Âge on concevait le ciel physique comme une voûte ou une sphère solide sur laquelle étaient fixés des points lumineux, les étoiles ou corps célestes réputés incorruptibles. C’est au-dessus de cette voûte que l’on plaçait le ciel des bienheureux avec le Christ. L’astrophysique présente aujourd’hui un tout autre visage du ciel astral. Ceci met-il en question la vérité de l’Évangile ?

Une simple réflexion de bon sens suffit à résoudre la question. Le ciel physique est constitué d’astres innombrables, composés de corps semblables à ceux de la terre, soumis à des changements continuels, et situés à des distances mesurées en années-lumière, sans grande précision du reste. Cela ne change rien quant au ciel surnaturel, lieu du séjour du Christ et des bienheureux. Ce ciel est bien un lieu physique, matériel et corporel, mais il est surnaturel, c'est-à-dire au-delà de toutes les réalités qui sont objet de l’astrophysique et au-delà de tous ses moyens d’investigation. Ce n’est pas une question de distance mais une question de nature.


La gloire du Christ ressuscité

Mais pour saisir ce mystère il ne suffit pas d’en rester à un simple argument apologétique. Éclairée par la foi, l’intelligence du chrétien cherche à pénétrer toujours davantage l’essence mystérieuse de cette Ascension qui est bien autre chose que la simple élévation physique d’un corps, aussi sacré soit-il. La Foi n’est pas un aveuglement et une démission de l’esprit, mais au contraire, le point de départ d’une intelligence plus profonde de la Révélation : Crede ut intelligas, croire pour comprendre ! Pour cela il importe de comprendre le lien nécessaire entre la Résurrection et l’Ascension.

La vie corporelle du Christ ressuscité n’est pas une vie naturelle, mais surnaturelle et glorieuse. Sa résurrection fut tout autre chose que la réanimation d’un corps, tout autre chose que la résurrection du fils de la veuve de Naïm ou de Lazare, qui sont morts de nouveau des années après le miracle.
« Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus,
la mort n’a plus sur lui d’empire. » (Rm 6,9).
Le corps du Christ ressuscité n’est plus soumis aux conditions physiques de ce monde. Tout en étant véritablement matériel - « Touchez-moi et constatez, car un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » (Lc 24,39) - il échappe au conditionnement des éléments de la nature et aux limites de l’espace et du temps. Tout en étant sur terre le Christ est en un état de gloire, spirituellement et corporellement, même s’il voile en partie cette gloire lorsqu’il apparaît à ses apôtres.

Or, cet état glorieux du Christ est étranger à la nature du monde où nous vivons. Sa vie est celle de l’éternité, dans la perfection et l’immobilité. Ce qui est déjà parvenu à sa perfection ne peut plus progresser ni changer. La gloire de l’éternité implique l’immobilité dans la perfection. Le corps glorieux se trouve dans l’immutabilité éternelle tandis que les êtres de ce monde sont soumis à la génération et à la corruption, à la naissance et à la mort, au changement, au progrès ou à la déchéance. L’insertion physique et corporelle du Christ dans les activités et les changements de ce monde est donc en opposition avec son état de gloire. Il est resté sur terre pendant quarante jours pour établir la foi de ses Apôtres en sa résurrection et achever leur formation, mais cette situation était temporaire. Ces quarante jours étaient un temps de transition vers la gloire du Ciel.

En tant que Dieu le Christ n’a jamais quitté le ciel, mais selon son humanité susceptible de souffrir, il vivait en ce monde terrestre ; c’est pourquoi le Credo proclame qu’il « est descendu du ciel ». Par sa passion et sa mort il a mérité de rejoindre la gloire du Père dans l’intégralité de sa nature humaine, selon son âme et son corps :
« Vous verrez le Fils de l'Homme monter où il était auparavant. » (Jn 6,63)
Il est passé par la mort de la Croix pour entrer au Ciel dans la gloire. Le but de l’Incarnation n’est pas la mort, mais le Ciel. Le Christ s’est offert en victime en son corps et en son âme, et a ainsi mérité la gloire de la Résurrection et le retour vers la gloire qu’il avait dès le commencement :
« Il s'est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,8-9)


Prêtre pour l’Éternité

L’Ascension est aussi une exigence du mystère de la Rédemption et du sacerdoce éternel du Christ, comme l’énonce l’épître aux Hébreux : « Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » (Ps 109 - Hb 5,6). Le Christ continue donc d’exercer son sacerdoce après sa mort et sa résurrection. Son sacrifice n’est pas achevé à sa mort mais il continue, même après qu’il l’ait offert sur la Croix. Accompli sur terre de manière physique et sanglante, ce sacrifice continue au Ciel, de manière glorieuse. Sur terre il a tout accompli, mais c’est au ciel qu’il achève son œuvre et c’est au ciel qu’il doit continuer son offrande.

C’est ce qu’enseigne cette même épître :
« Mais le Christ ayant paru comme grand prêtre des biens à venir, c'est en passant par un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui n'est pas construit de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'appartient pas à cette création-ci ; et ce n'est pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le saint des saints, après avoir acquis une rédemption éternelle. […] Car ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable, que le Christ est entré: mais il est entré dans le ciel même, afin de se tenir désormais pour nous présent devant la face de Dieu. » (Hb 9,11-12 ; 24)
Dans l’Ancien Testament le Grand-Prêtre entrait une fois par an dans le sanctuaire du tabernacle, le “saint des saints”, muni du sang des animaux qu’il avait immolés. Ce rite était une figure du mystère du sacrifice du Christ, le sang des animaux, figure du sang du Christ, le “saint des saints”, figure du Ciel. Ayant répandu son propre sang le Christ entre dans le tabernacle du Ciel, dont le tabernacle de l’Ancien Testament n’était qu’une figure. Le Ciel est le sanctuaire où le souverain prêtre officie désormais pour l’éternité en continuant d’offrir de manière glorieuse le sacrifice qu’il a offert de manière physique et sanglante sur terre.

Au sacrifice sanglant sur la Croix succède alors au Ciel le sacrifice de gloire. C’est pourquoi :
« L'œuvre du Calvaire, osons le dire, n'est pour l'Apôtre [saint Paul] qu'un moment de l'œuvre totale, un moyen, une préparation divine : elle n'est pas le terme définitif du sacrifice. Elle fait corps avec la Résurrection, qui en est la revanche, avec l'Ascension, où, moyennant la rançon du sang versé, la voie du sanctuaire étant frayée enfin, le Seigneur [en] prend possession en son nom et au nôtre ; […] L'immolation du Calvaire ne saurait être, chez le pontife nouveau, isolée de son fruit ; et ce fruit suprême, ce terme dernier de l'intention divine, en vue duquel le Christ est pontife, et qui contient tout à la fois et la gloire souveraine du Verbe incarné, et l'éternelle félicité de tout ce qui, au cours du temps, s'est attaché à lui, c'est l'offrande au Père, en chacun des sanctuaires d'ici-bas, et finalement en son sanctuaire incréé (1 Co 15, 28), de son Fils et de tout ce qui est à lui. » Dom Delatte : Les Épîtres de saint Paul, t. II, p. 370-371.



Présent dans l’Église

Le départ du Christ pour le ciel est également nécessaire pour qu’il puisse accomplir son œuvre de Salut sur terre par l’Église. En effet, le souverain prêtre continue d’exercer sur terre son sacerdoce par le moyen de l’Église. Tout en étant physiquement absent, le Christ continue d’être présent et d’agir sur terre par son Église. C’est l’Église qui accomplit son œuvre sur terre, qui la diffuse et l’applique partout dans le monde. Limitée à un lieu unique, la présence physique du Christ n’aurait pu suffire à étendre au monde l’œuvre du Salut. Il a voulu que son œuvre s’appliquât, se diffusât et se perpétuât dans le monde entier et ce, de manière humaine, et donc sociale et sensible, par une société visible et organique, faisant usage des éléments matériels de ce monde. À la présence physique du Christ succède sa présence mystique par l’Église. Les Apôtres et leurs successeurs enseignent toutes les nations dans la terre entière. La vie de la communauté chrétienne réalise et étend à l’humanité la communion d’amour que le Christ est venu établir. La Liturgie célèbre et communique ce mystère du Salut au moyen des éléments sensibles et symboliques.
Cette œuvre sacerdotale du Christ par l’Église se réalise de manière éminente dans la Liturgie eucharistique [1]. Le pain et le vin y sont convertis au Corps et au Sang du Christ glorieux qui est au ciel. La Liturgie de la terre est élevée au Ciel pour être unie à la Liturgie du ciel.
C’est ce qu’exprime la prière Supplices te rogamus :
« Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites porter ces offrandes par les mains de votre saint ange, là-haut, sur votre autel, en présence de votre divine Majesté. »
La même Liturgie est célébrée par le même Christ, selon deux modes différents : au Ciel dans la Jérusalem céleste de manière glorieuse, et sur terre dans l’Église militante de manière sacramentelle, par les prêtres de l’Église configurés au sacerdoce du Christ. Notre Liturgie de la terre est plus qu’une image, elle est la présence et la réalisation terrestre de la Liturgie du ciel. Nous chantons le Sanctus en union réelle avec les chœurs angéliques, avec les Chérubins et les Séraphins.


Le Christ entre au ciel avec l’Église

En montant au Ciel le Christ, premier homme à y pénétrer, entraîne à sa suite tous les membres de son Corps mystique.
« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père; s'il en était autrement, je vous l'aurais dit, car je vais vous y préparer une place. Et lorsque je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez, vous aussi ; et là où je vais, vous en savez le chemin. » (Jn 14, 2-4)
Le ciel était fermé aux hommes ; il est désormais ouvert par Jésus-Christ. Les hommes justifiés par le Christ le rejoindront au ciel : « Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi. » (Jn 17, 24)
Captivam duxit captivitatem! « Il conduit derrière lui les captifs... » (Ps 67,19). Les ennemis captifs marchaient derrière le char triomphal de l’imperator romain. Le Christ entraîne à sa suite, non pas des ennemis, mais les élus qui ont été délivrés de la captivité du démon. Saint Augustin commente : « La multitude des saints et des fidèles qui portent Dieu deviennent en quelque sorte le char de Dieu. » [2]
C’est pourquoi l’Église n’existe pas seulement sur terre, elle existe déjà au Ciel. Toute la vie de l’Église et de chaque chrétien en particulier est en lien étroit avec la vie de l’Église au Ciel. Nous sommes « concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu. » (Ep 2, 19) « Notre cité est dans les cieux » (Ph 3, 20). Le sort de l’homme est désormais changé : « Il nous a ressuscités, ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les cieux en Jésus-Christ. » (Ep 2, 6)

« Exultons d’une sainte allégresse, mes bien chers frères, et réjouissons-nous dans une pieuse action de grâces : l’Ascension du Christ est aussi notre propre élévation, et là où la tête a précédé en gloire, le corps est appelé en espérance. En ce jour non seulement la possession du Paradis nous est assurée, mais encore, dans le Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux : l’ineffable grâce du Christ nous a procuré bien plus que ce que nous avions perdu par la jalousie du démon. Ceux qui avaient été expulsés du bonheur de leur première demeure par le venimeux ennemi, le Fils de Dieu se les a incorporés et a placés à la droite du Père, avec qui il vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu dans les siècles des siècles. Amen. » (Saint Augustin, Sermon 73,4)

La Liturgie anticipe sur cette vie en nous faisant communier au pain des Anges, c'est-à-dire au Corps et au Sang de celui qui nourrit au Ciel les bienheureux dans la vision. Elle est le signe que les chrétiens attendent cette vie éternelle et que, comme nous le demandons dans la collecte, nous habitons au Ciel par l’espérance et par le cœur.


L'attente du retour du Christ

La fête de l’Ascension étant une fête de l’espérance du Ciel elle est aussi l’expression de notre désir du Christ, car le désir du ciel n’est autre que le désir du Christ. L’hymne des vêpres appelle le Christ « notre Rédemption, notre amour et notre désir, … notre joie, … notre récompense ». Dans l’attente d’être réuni au Ciel avec Jésus-Christ le chrétien désire lui être uni toujours davantage dans l’amour.
C’est ce désir et cette recherche continuelle du Christ qui entraînent le renoncement au monde. Celui qui met en œuvre la puissance de l’Ascension dans son esprit et dans son cœur se sépare du monde et adopte un mode de vie de renoncement, exclusivement tendu vers le Ciel.
Il vit en permanence la fête de l'Ascension, se contentant des choses d'en-haut. Il ne craint rien sur la terre, ni « tribulation, ni angoisse, ni persécution, ni faim, ni nudité, ni péril, ni glaive » (Rm 8, 35). Il ne désire rien sur terre, ni louanges, ni honneur, ni pouvoir, ni amitié, ni richesse. Il se nourrit des biens d'en-haut, de la vérité et de la charité, qui font oublier tous les biens de ce monde et jusqu’à soi-même.
Le chrétien reste présent aux réalités et aux épreuves de ce monde. Son devoir d’état s’impose toujours à lui comme une pratique nécessaire pour rejoindre sa patrie. Le but de sa vie sur terre est de préparer l’éternité et les plus belles actions n’ont de valeur que selon le poids qu’elles auront dans l’éternité.

La vie du chrétien est une attente du retour du Christ. « Ce Jésus qui a été enlevé d'auprès de vous dans le ciel, ainsi viendra-t-il, de la même manière que vous l'avez vu s'en aller au ciel. » (Ac 1, 11) La vie de l’Église est une attente de l’avènement du Christ. « Soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces. » (Lc 12, 36)
La vie de l’Église sur terre est une attente de l’avènement du Christ :
« Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui, d'auprès de vous, a été enlevé au ciel, ainsi viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller au ciel. »
Et iterum venturus est cum gloria.
L’Église attend le retour du Christ, qui coïncidera avec son propre accomplissement dans la gloire. « Et l'Esprit et l'Épouse disent : „Venez !“ Que celui qui entend dise aussi „Venez !“ […] „Amen ! Venez, Seigneur Jésus !“ » (Ap 22, 17 et 20)


La Liturgie de l’Ascension

Bien que saint Augustin attribue aux Apôtres eux-mêmes l’institution de cette fête, il semble bien que primitivement les cinquante jours du Temps Pascal aient constitué une seule solennité sans distinction. La pèlerine Égérie, au chapitre 43 de son récit, rapporte qu’à Jérusalem une procession sur les lieux de l’Ascension avait lieu le jour de la Pentecôte. Toutefois a célébration distincte de l’Ascension est bien attestée dès le IVe siècle.

Les textes de la Liturgie du jour sont simplement des extraits des récits du Nouveau Testament et des Psaumes qui annoncent cet événement, le Ps 46 et le Ps 67 tout particulièrement.
Le Ps 46 développe l’acclamation ‘Le Seigneur est roi !’. Le roi d’Israël monte au temple au milieu des acclamations en cortège triomphal. Son empire s’étend à tous les peuples qui viennent avec leurs princes se joindre au peuple élu. « Dieu s’élève parmi les acclamations, le Seigneur au son de la trompe. »
Le Ps 67 célèbre les étapes de l’histoire d’Israël dans un tableau rétrospectif qui en évoque les grandes étapes. La Liturgie en a extrait les versets 18-19 et 33-34 : « Du Sinaï le Seigneur vient dans son sanctuaire. Il est monté sur les hauteurs, capturant les captifs. » « Chantez pour le Seigneur qui s’avance sur les cieux des cieux vers l’Orient ! » Saint Paul commente ainsi le verset 19 : « Que signifie : " Il est monté " sinon qu'il était descendu d'abord dans les régions inférieures de la terre? Celui qui est descendu est celui-là même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir. » (Ep 4,9-10) Le Christ emmène au Ciel comme un triomphateur les hommes qui étaient prisonniers du démon, ainsi que le chante l’hymne Jesu, nostra redemptio :
Inferni claustra penetrans
Tuos captivos redimens
Victor triumpho nobili
Ad dextram Patris residens.

Pénétrant les prisons de l’enfer
vous rachetez vos captifs.
Vainqueur d’un noble triomphe
vous siégez à la droite du Père.


[1] Voir notre étude sur la Liturgie.

[2] Multitudo sanctorum atque fidelium, qui portando Deum fiunt quoddamodo currus Dei. (Saint Augustin, Enarratio super psalmum 67).


17 avril 2017

FESTA PASCHALIA !

On appelle ‘Temps Pascal’ la portion de l’Année Liturgique qui court de la fête de Pâques à celle de la Pentecôte inclusivement. Cela fait exactement cinquante jours, comme l’indique le mot grec Pentecostes. Cette cinquantaine pascale est prolongée par l’octave de la Pentecôte, instituée plus tardivement, et qui développe la solennité de cette dernière fête de manière semblable à l’octave de Pâques, sans qu’elle soit pour autant incompatible avec le jeûne des Quatre Temps.

Cette période de l’année liturgique se caractérise par la répétition fréquente de l’Alléluia, les mélodies simples et joyeuses des hymnes Ad coenam Agni providi (Conviés au banquet de l’Agneau) et Aurora lucis rutilat (L’aurore brille de tout son éclat), mélodies que l’on reprend à tous les offices du jour. Les psaumes des Complies sont chantés le dimanche – et déjà le samedi soir – sur un ton spécial, plus léger et plus mélodieux.
On notera aussi la brièveté de plusieurs offices qui n’ont qu’une antienne pour tout un groupe de psaumes : tout respire l’allégresse et la simplicité. Les acclamations au Christ ressuscité reviennent fréquemment sur les lèvres du clerc et du moine, invocations que le chrétien fervent s’appliquera, lui aussi, à répéter tout au long de la journée : Surrexit Dominus vere ! (Le Seigneur est vraiment ressuscité !) ; Mane nobiscum Domine ! … (C’est l’invocation des disciples d’Emmaüs : Restez avec nous, Seigneur, car il se fait tard !) …

L’institution du Temps Pascal remonte aux premiers âges de l’Église. Nous en avons un beau témoignage dans les Conférences de Cassien [1].
Question : Pourquoi, pendant cinquante jours, adoucissons-nous dans nos repas les rigueurs de l'abstinence, alors que Jésus-Christ ne resta que quarante jours avec ses disciples, après sa résurrection ?
Réponse de l’abba Théonas : Votre demande est juste et mérite que je vous fasse connaître toute la vérité. Après l'ascension du Sauveur, qui eut lieu quarante jours après sa résurrection, les Apôtres descendirent de la montagne des Oliviers, où ils l'avaient vu retourner à son Père, comme il est dit dans les Actes des Apôtres. Ils rentrèrent à Jérusalem, et y attendirent, pendant dix jours, la venue de l'Esprit-Saint. Ils le reçurent quand ces dix jours furent passés, et célébrèrent par conséquent avec joie le cinquantième jour qui complète le temps consacré par les fêtes de l'Église. Nous voyons, dans l'Ancien Testament, ce temps pascal indiqué par des figures. Ainsi fallait-il, sept semaines après Pâques, faire offrir au Seigneur le pain des prémices, par les mains des prêtres. (Dt 16) Les Apôtres, en prêchant ce jour-là au peuple de Jérusalem, offrirent bien à Dieu le vrai pain des prémices, qui nourrit de la doctrine nouvelle et rassasia généreusement cinq mille hommes choisis parmi les Juifs, et qu’ils consacrèrent au Seigneur telles les prémices du peuple chrétien. C'est pour cela qu'il faut réunir les dix jours aux quarante qui les ont précédés, et les célébrer avec la même joie et la même solennité.
Cette tradition, qui remonte au temps des Apôtres, mérite d'être fidèlement observée. Aussi, pendant ces jours, ne se met-on pas à genoux en priant, parce que cette posture est un signe de pénitence et de tristesse. Nous observons donc le temps pascal comme un seul dimanche, et nos Pères nous ont appris qu'il ne fallait, ce jour-là, ni jeûner, ni se mettre à genoux, pour honorer la résurrection du Sauveur. »
Ces cinquante jours comprennent donc les cinq semaines après Pâques, la fête de l’Ascension et celle de la Pentecôte. Pour bien comprendre et vivre intérieurement ce que l’Église célèbre extérieurement, il faut se rappeler cette vérité fondamentale de tout l’ordre liturgique : la Liturgie et les Sacrements ont une triple signification : ils commémorent un événement passé, ils signifient une réalité présente, ils annoncent un événement futur, c'est-à-dire la fin ultime de l’œuvre divine de notre Salut.

16 avril 2017

PASCHA NOSTRUM !


« Fête des fêtes, solennité des solennités ! »


Ainsi s'exclame saint Grégoire de Nazianze à propos de la fête de Pâques. C'est effectivement le sommet de l’année liturgique. On y célèbre l’accomplissement définitif de l’œuvre du Salut, car la Résurrection scelle la victoire du Christ sur la mort et sur le péché.

Tout ce qui précède la Résurrection du Christ n’en est que la condition et la préparation.
C’est par elle que l’Incarnation et les événements de la vie terrestre du Verbe incarné obtiennent leur effet qui est la résurrection des âmes, puis des corps :
« Comme tous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés dans le Christ »
(1 Co 15,22).
Alors « les Anges tremblent en voyant renversé le sort des mortels : C’est la chair qui pèche et la chair qui purifie, un Dieu règne dans la chair même d’un Dieu » ! (hymne des Matines de l’Ascension)




Pâques est le jour de la nouvelle création, le jour que fait le Seigneur, comme nous le chantons pendant toute l’octave :
« Voici le jour que fit le Seigneur : réjouissons-nous et exultons en lui. » (Ps 117).
Le premier jour du monde Dieu créa la lumière (Gn 1,3). C’est aussi le premier jour de la semaine que Dieu opère la re-création du monde par le Christ, « lumière du monde » (Jn 8,12). Le soleil, dont la lumière ne cesse de croître en cette saison, est le symbole du Christ ressuscité :
« Il s’élance d’une extrémité des cieux, et sa course atteint jusqu’à l’autre ; rien n’échappe à sa chaleur. » (Ps 18)

Le jour de Pâques est prolongé par le Temps Pascal, qui constitue avec lui comme une seule fête. Ce sont les cinquante jours qui s’écoulent jusqu’à la Pentecôte. Cette institution remonte aux temps apostoliques. Les Pères en témoignent.

Selon saint Augustin et d’autres Pères, tandis que le nombre quarante est symbole de notre vie terrestre, ce temps de la « cinquantaine » représente la vie éternelle.