« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

02 mars 2017

CARÊME 2)

Petite note sur le Grand Jeûne du Carême

Voir notre article sur le Temps liturgique du Carême

À force de considérer que l’essentiel de la pénitence consiste dans la conversion du cœur et non pas dans les austérités physiques (ce qui est vrai), on a fini par éliminer à peu près complètement la pratique du jeûne, et par faire mentir, pour ainsi dire, la Liturgie qui le rappelle constamment. Le jeûne est la condition matérielle de base du Carême. L’homme n’est pas un pur esprit ; le jeûne du corps doit accompagner celui de l’âme ; la suppression du jeûne corporel équivaut pratiquement à celle du Carême. La vigueur chrétienne tient sa force de la fidélité au jeûne. La décadence de cette observance qui remonte à l’Ancien Testament va de pair avec celle du christianisme en général. Or, faire l’histoire des observances quadragésimales, c’est faire l’histoire d’un lent déclin, d’une longue décadence : celle de la Chrétienté et de l’esprit chrétien en général.

L’antique discipline chrétienne exigeait les jeûnes quotidiens (sauf le dimanche) et l’abstinence de viande animale - tenue par l’humanité fidèle jusqu’à Noé -, l’unique repas étant pris après Vêpres, au coucher du soleil [1]. L’abstinence s’étendait à la suppression des laitages, des œufs (ceci resta en vigueur jusqu’au 19e siècle), du poisson et du vin, même le dimanche. Au 9e siècle la consommation des laitages s’introduisit en certaines régions et le repas fut avancé à l’heure de None (aux environs de 15 heures). Cette anticipation conduisit au 13e siècle à autoriser un léger repas le soir. Au 14e siècle, les Vêpres commencèrent à être célébrées avant midi pour enlever tout scrupule quant à l’heure du repas…


Suite à l’extension des dispenses, le Pape Benoît XIV crut nécessaire de publier une encyclique contre le relâchement, où il s’exprimait ainsi :
« L’observance du Carême est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que protégés du secours céleste pendant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques, et d’infortunes pour les particuliers. » [2]

Que dire aujourd’hui, sinon que ces paroles étaient prophétiques ? L’usage - et l’abus - de plus en plus généralisé des dispenses et les bouleversements des deux guerres mondiales ont conduit à la disparition presque totale des observances quadragésimales en Occident. En revanche, les chrétiens d’Orient demeurent, dans l’ensemble, fidèles à l’observance traditionnelle, souvent même hors de leur pays ! L’extension et la publicité tapageuse jusque chez nous de la pratique musulmane du Ramadan - qui, elle, est strictement observée ! - ne sont-ils pas le châtiment de la lâcheté des chrétiens ?

Le Carême est le pivot de la discipline chrétienne, un temps fort de ferveur, de dévotion, d’entraînement, où l’on s’efforce d’être véritablement - en acte ! - chrétien : c’est donc un critère précis pour toute famille et communauté, comme pour chacun en particulier. La fidélité à cette tradition est la condition pour attendre « la sainte Pâque avec la joie du désir spirituel » (Règle de saint Benoît).



[1] « Une particularité très importante de l'ancien rite quadragésimal était l'usage de ne prendre ni nourriture ni boisson avant le coucher du soleil. » Dom Schuster, Liber Sacramentorum, III, p. 10.


[2] Benoît XIV, 1741, cité par Dom Guéranger dans l'Année liturgique, p. 13

CARÊME 1)


En tout métier, en tout état de vie, il y a des périodes de formation et d’entraînement. La vie chrétienne n’échappe pas à cette règle ; et la période d’entraînement et de formation en est précisément : le Carême.

Le Carême est la grande retraite de l’Église au désert, par laquelle elle se renouvelle et se prépare à célébrer le mystère du Salut et la victoire de son Chef. Les divergences de discipline que l’on observe, dans les différentes Églises de l’Orient et de l’Occident catholiques montrent que cette institution ne vient pas de la décision d’une autorité centrale, mais bien d’une inspiration du Saint Esprit.

14 février 2017

SEPTUAGÉSIME 2)


Lire l'article précédent sur la Septuagésime         
   


La création et la chute

Sans imposer aucune pénitence particulière, l’Église, en Occident, commence d’ores et déjà, de manière spirituelle, cette démarche de conversion qui se poursuivra tout au long du carême. C’est là le rôle concret, pratique, du Temps liturgique de la Septuagésime : une préparation au carême. Le carême est un temps de pénitence, un temps de privations. Or il n’est jamais facile de se priver, surtout à notre époque de culte de la jouissance. Il faut s’y préparer en se rappelant les grands événements qui ont placé l’humanité dans son état actuel de décadence.

On lit aux Vigiles nocturnes le récit biblique de la création et du péché originel. Tous les répons des matines, jusqu’au premier dimanche de carême, chantent la création et la chute, avec les accents émouvants des formules de la Genèse.

Voici le premier répons des matines de la Septuagésime :

« Au Principe, Dieu créa le ciel et la terre, et y fit l’homme, à son image et à sa ressemblance.
Il forma donc l’homme du limon de la terre et souffla sur sa face un souffle de vie. »

Ce répons conclut la première lecture, le début du Livre de la Genèse, le tout premier livre de la Bible.
À la Septuagésime on recommence tout… La liturgie nous renvoie au Principe, au « commencement », à la création du temps et de l’espace, à la création de l’homme, et à la chute.

Voici deux autres répons tirés de la Genèse :

« Le Seigneur Dieu prit l'homme, et le mit dans le paradis de volupté, afin qu'il le cultivât et le gardât. Car le Seigneur Dieu avait planté à l’origine un paradis de volupté, dans lequel il mit l'homme qu'il avait formé, afin qu'il le cultivât et le gardât... »

« Le Seigneur se promenant dans le paradis à la brise du soir, appela et dit : Adam, où es-tu ?
Seigneur, j’ai entendu votre voix, et je me suis caché. J’ai entendu votre voix dans le paradis, et j’ai eu peur »...