« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

12 septembre 2017

Saint Nom de Marie

À Czestochowa, sur la colline lumineuse (Jasna Gora), on invoque chaque jour le saint Nom de Marie devant l’icône miraculeuse. Ce nom est celui de la Reine de Pologne. Chaque matin à 6 heures retentit une fanfare : c’est l’« Intrada royale » qui annonce le lever de la Reine. Alors monte lentement la lourde plaque de métal qui cache l’icône, et la Reine apparaît, somptueusement vêtue, et elle vous regarde, de son regard de sereine compassion, avec son Fils qui tient d’une main l’Évangile, et de l’autre, pointe du doigt vers le visage de sa Mère : Regardez-la ! Contentez-vous de la regarder ! Respice Mariam !
Alors commencent les louanges de la Mère de Dieu, et la première messe. Puis il y aura le rosaire... À midi la Reine se retire : la fanfare retentit et la plaque redescend. Mais dès 13h30 Marie revient voir ses enfants. Le soir, après la dernière messe, la fanfare retentit de nouveau. Les trompettes annoncent le coucher de la Reine. Et la lourde plaque redescend devant l’icône.

***

Le 15 août 1683, devant la Reine était agenouillé le roi de Pologne, Jean III Sobieski. L’empereur l’avait appelé au secours, car l’armée ottomane, venue de Belgrade, assiégeait la ville. Peu avant, Sobieski avait brisé le siège de Lwow. Il était l’homme de la situation. Mais cette fois il s’agissait de tout autre chose. C’était le grand vizir en personne qui dirigeait les opérations. Non pas pour prendre Vienne, mais pour s’emparer de l’Occident tout entier au nom du sultan et d’Allah. Jean Sobieski était convoqué pour sauver la chrétienté. Il le savait. C’est pourquoi il avait décidé de partir de ce lieu, en ce jour. Car le général des troupes chrétiennes ne peut être que Marie, qui est « terrible comme une armée rangée en bataille » et qui « seule a détruit toutes les hérésies », comme dit la liturgie. Elle avait déjà vaincu les Turcs à Lépante, elle devait les vaincre à Vienne.

Sobieski part donc de Czsestochowa le jour de l’Assomption. Le 30 août il est à Vienne, à la tête de 74.000 hommes, dont 26.000 Polonais, les troupes impériales conduites par Charles de Lorraine, et celles de plusieurs princes allemands (naturellement la France de Louis XIV est absente…). Le pape, le bienheureux Innocent XI, a dépêché comme aumônier le capucin Marco d’Aviano. Le bienheureux Marco d’Aviano galvanise les troupes par des prêches enflammés, modérément pacifistes et légèrement islamophobes. En face, les Ottomans sont plus de 200.000.

La situation ne cesse de se détériorer. Les assaillants multiplient les brèches. Le matin du 12 septembre, après la messe que célèbre Marco d’Aviano et que sert le roi de Pologne, c’est la contre-attaque. Mais en fin d’après-midi, malgré les exploits de Charles de Lorraine, la situation est indécise, et tout le monde est épuisé. C’est alors que Sobieski, sabre au clair, déboule à la tête de ses fameux « hussards volants » sur le camp du vizir. La surprise est telle que c’est la panique chez les Turcs, qui s’enfuient en abandonnant tout sur place. Sobieski s’installe dans la tente du vizir, et il envoie un message au pape, en quatre mots : Venimus, vidimus, Deus vicit. Ce sont les paroles de César, magnifiquement transposées en langage chrétien : il dit « nous », pas « je », et ce n’est pas le roi qui a vaincu, mais Dieu.
Pour célébrer la victoire, les boulangers de Vienne inventent le croissant, et avec le café abandonné par les Turcs on invente une boisson qu’on appelle capuccino, en hommage au capucin Marco d’Aviano.
Sobieski repart avec ses troupes. Il passe par la Hongrie, où il écrase l’arrière-garde de l’armée du vizir. Puis il rentre en Pologne : à Czestochowa, où il s’agenouille devant l’icône, et dépose la tente du vizir et quelques joyaux du butin pris sur les Turcs. Cette tente et ces joyaux (d’autres sont au musée du palais royal du Wawel à Cracovie) sont visibles dans le musée du monastère de Jasna Gora (presque en face de la chapelle de l’icône).
Le 12 septembre, c’était, cette année-là, le dimanche dans l’octave de la Nativité de la Sainte Vierge. Le pape décrète que désormais on célébrera en ce dimanche la fête du saint nom de Marie. Lorsqu’il réformera le calendrier pour que le dimanche ne soit pas sans arrêt supplanté par la fête d’un saint, saint Pie X établira la fête du saint nom de Marie à la date anniversaire de la victoire de Vienne, à savoir le 12 septembre. Il se trouve que le 12 septembre est le jour de clôture de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu dans le calendrier byzantin…




18 août 2017

ASSOMPTION



          Sommet du sanctoral et des fêtes de la Vierge, l’Assomption domine sans conteste toute la partie de l’année liturgique qui s’écoule depuis les fêtes pascales jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte. Le dogme de l’Assomption est l’exemple par excellence d’une vérité que nous ne connaissons que par Tradition et qui n’est pas dans l’Écriture. Alors que le rationalisme et le modernisme voudraient réduire ce mystère à un mythe ou à la simple expression d’une vénération de la Vierge, nous devons plus que jamais y adhérer de tout cœur et intégralement :

la Vierge Marie n’a pas connu la corruption du tombeau, 
mais elle est montée au Ciel avec son corps.

Marie Reine
Mosaïque de la basilique Sainte-Marie-du-Transtévère, Rome


Tradition dogmatique


L’Écriture sainte elle-même ne contient ni récit, ni annonce de cette Assomption. On peut certes illustrer ce mystère, comme le fait la Liturgie, par le récit de la Visitation, le Psaume 44 ou encore le Protévangile (Gn 3) mais aucun de ces textes ne peut servir à prouver cette vérité.
Les documents écrits les plus anciens que nous possédons à ce sujet sont des récits plus ou moins légendaires de textes apocryphes qui ont tenté de suppléer au silence de l’Écriture par l’imagination[1]. Ces récits n’ont en eux-mêmes aucune valeur historique ni dogmatique, mais ils sont le témoignage de l’antiquité de la croyance en l’Assomption.

À partir du 6e siècle, nous avons nombre de documents liturgiques et d’homélies des Pères qui témoignent de la foi de l’Église dans l’Assomption et de l’existence de la fête. Le plus ancien écrivain qui la mentionne est saint Grégoire de Tours († 594)[2]. La fête est universellement célébrée en Orient comme en Occident depuis le 7e siècle au moins. C’est l’empereur byzantin Maurice († 602) qui fixe la fête au 15 août[3]. Le Pape Sergius († 707) ordonne une procession solennelle ce jour-là et le Livre Pontifical [4] la présente comme une fête déjà ancienne. Saint Léon IV institue une octave en 847. Au 7e siècle, elle est célébrée en Gaule le 18 janvier ou le 15 août[5]. Le sacramentaire grégorien la mentionne également[6].

14 août 2017

PARACLISIS

OFFICE D’INTERCESSION
À LA TOUTE-SAINTE MÈRE DE DIEU
(Extraits de la 'Paraclisis')

L’office de la Paraclisis est chanté pour la guérison des âmes et des corps, en période d’affliction ou de péril. Le mot grec (para « auprès », clisis « appeler ») signifie à la fois intercession et consolation. La Paraclisis est chantée en Orient du 1er au 14 août, en préparation à la fête de l’Assomption.

La Mère de Dieu, à Sainte Sophie de Constantinople

TROPAIRE


Auprès de la Mère de Dieu,
nous les pécheurs, accourons humblement
et, pleins de repentir, nous prosternant devant elle,
crions-lui du fond de notre cœur :

Vierge de tendresse, venez à notre secours,
hâtez-vous, car nous sommes perdus,
voyez la multitude de nos péchés,
ne laissez pas sans aide vos serviteurs :
notre unique espérance repose en vous.
Gloire au Père...

Jamais nous ne cesserons, ô Mère de Dieu,
malgré notre indignité, de louer votre majesté ;
car si vous ne dirigiez l’intercession,
qui nous délivrerait de tant de périls ?

Vous êtes celle qui nous garde en liberté,
Notre Dame, ne nous éloignez pas de vous,
car vous sauvez vos serviteurs de tout danger.