« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

18 août 2017

ASSOMPTION



          Sommet du sanctoral et des fêtes de la Vierge, l’Assomption domine sans conteste toute la partie de l’année liturgique qui s’écoule depuis les fêtes pascales jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte. Le dogme de l’Assomption est l’exemple par excellence d’une vérité que nous ne connaissons que par Tradition et qui n’est pas dans l’Écriture. Alors que le rationalisme et le modernisme voudraient réduire ce mystère à un mythe ou à la simple expression d’une vénération de la Vierge, nous devons plus que jamais y adhérer de tout cœur et intégralement :

la Vierge Marie n’a pas connu la corruption du tombeau, 
mais elle est montée au Ciel avec son corps.

Marie Reine
Mosaïque de la basilique Sainte-Marie-du-Transtévère, Rome


Tradition dogmatique


L’Écriture sainte elle-même ne contient ni récit, ni annonce de cette Assomption. On peut certes illustrer ce mystère, comme le fait la Liturgie, par le récit de la Visitation, le Psaume 44 ou encore le Protévangile (Gn 3) mais aucun de ces textes ne peut servir à prouver cette vérité.
Les documents écrits les plus anciens que nous possédons à ce sujet sont des récits plus ou moins légendaires de textes apocryphes qui ont tenté de suppléer au silence de l’Écriture par l’imagination[1]. Ces récits n’ont en eux-mêmes aucune valeur historique ni dogmatique, mais ils sont le témoignage de l’antiquité de la croyance en l’Assomption.

À partir du 6e siècle, nous avons nombre de documents liturgiques et d’homélies des Pères qui témoignent de la foi de l’Église dans l’Assomption et de l’existence de la fête. Le plus ancien écrivain qui la mentionne est saint Grégoire de Tours († 594)[2]. La fête est universellement célébrée en Orient comme en Occident depuis le 7e siècle au moins. C’est l’empereur byzantin Maurice († 602) qui fixe la fête au 15 août[3]. Le Pape Sergius († 707) ordonne une procession solennelle ce jour-là et le Livre Pontifical [4] la présente comme une fête déjà ancienne. Saint Léon IV institue une octave en 847. Au 7e siècle, elle est célébrée en Gaule le 18 janvier ou le 15 août[5]. Le sacramentaire grégorien la mentionne également[6].

14 août 2017

PARACLISIS

OFFICE D’INTERCESSION
À LA TOUTE-SAINTE MÈRE DE DIEU
(Extraits de la 'Paraclisis')

L’office de la Paraclisis est chanté pour la guérison des âmes et des corps, en période d’affliction ou de péril. Le mot grec (para « auprès », clisis « appeler ») signifie à la fois intercession et consolation. La Paraclisis est chantée en Orient du 1er au 14 août, en préparation à la fête de l’Assomption.

La Mère de Dieu, à Sainte Sophie de Constantinople

TROPAIRE


Auprès de la Mère de Dieu,
nous les pécheurs, accourons humblement
et, pleins de repentir, nous prosternant devant elle,
crions-lui du fond de notre cœur :

Vierge de tendresse, venez à notre secours,
hâtez-vous, car nous sommes perdus,
voyez la multitude de nos péchés,
ne laissez pas sans aide vos serviteurs :
notre unique espérance repose en vous.
Gloire au Père...

Jamais nous ne cesserons, ô Mère de Dieu,
malgré notre indignité, de louer votre majesté ;
car si vous ne dirigiez l’intercession,
qui nous délivrerait de tant de périls ?

Vous êtes celle qui nous garde en liberté,
Notre Dame, ne nous éloignez pas de vous,
car vous sauvez vos serviteurs de tout danger.

16 juin 2017

FESTUM CORPORIS CHRISTI


La fête du Très Saint Corps du Christ est la deuxième de ces fêtes de l’année (après celle de la Très Sainte Trinité), qui, instituées tardivement, n’ont pas pour objet un mystère particulier de la vie du Christ, mais une des richesses du Royaume de Dieu. En effet, après avoir parcouru le cycle des événements de la vie du Christ, depuis l’Incarnation (Noël) jusqu’à la descente du Saint-Esprit sur l’Église (Pentecôte), la Liturgie en célèbre maintenant le développement jusqu’au dernier jour du monde. Plus particulièrement, certains de ces mystères – dont celui de la présence eucharistique – font l’objet d’une fête spéciale, parce que l’Église, au cours des siècles, a voulu les honorer et manifester davantage. Ces fêtes, ont, dès lors, un caractère plus abstrait, plus dogmatique que celles du ‘Temporal’, et elles se réfèrent à l’ensemble de l’économie du Salut : elles ramassent ainsi toute la suite des événements historiques par lesquels notre Salut s’est accompli.


L’institution de l’Eucharistie (natale Calicis [1]) a déjà été commémorée le Jeudi Saint dans le cadre de la célébration de la Passion du Sauveur. Il n’est pas question de répéter cette commémoration. Ce que l’Église honore aujourd’hui par une solennité spéciale, c’est le mystère de la présence du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie, le mystère du Christ tout entier en tant qu’il est présent dans ce sacrement. Or, ce mystère ne se réfère pas seulement à l’institution du Jeudi saint, ni à la seule Passion de Notre-Seigneur, mais à l’ensemble des mystères de notre Salut, à l’œuvre divine dans sa totalité, et donc à toute la suite des événements par lesquels elle s’est accomplie.

Ce sacrement se réfère tout d’abord, en effet, au mystère de l’Incarnation, déjà célébré dans le temps de Noël, parce qu’il contient réellement et identiquement le corps même de Jésus-Christ, celui qui a été conçu et est né de la Vierge Marie, comme on le chante dans l’antienne bien connue : Ave verum Corpus natum de Maria virgine. Les petites hymnes de l’Office divin ont la mélodie et la conclusion de celles des fêtes de Noël et de la sainte Vierge. La préface de la divine Liturgie est celle de la Nativité, et très souvent on chante le Kyriale IX, habituellement assigné aux fêtes de la sainte Vierge.

Ce sacrement se réfère aussi à la Passion et à la mort du Christ, qui nous communique sa vie après l’avoir offerte sur la Croix : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. […] Comme mon Père me connaît, je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis. » (Jn 10, 11-15) Le pain est consacré et converti au Corps du Christ, le vin au Sang du Christ. Ces deux consécrations distinctes font que le Corps et le Sang du Christ sont sacramentellement séparés sur l’autel, comme ils l’étaient physiquement sur la Croix. L’Eucharistie contient donc le Christ dans son état d’immolation [2], non pas de manière sanglante et physique, comme si le Christ souffrait et mourait de nouveau, mais de manière sacramentelle, c'est-à-dire selon la distinction symbolique des espèces du pain et du vin. Le Christ ne meurt plus, il ne souffre plus, ni dans son corps, ni dans son âme, mais le mystère de sa passion et de sa mort est mystiquement présent dans le sacrement, de manière invisible.

Ce sacrement se réfère enfin au mystère de la Résurrection du fait que ce Corps du Christ est celui qui est ressuscité, et qui demeure depuis lors immuable dans la gloire de cette résurrection. C’est pourquoi la vénération de ce sacrement a un caractère solennel et triomphant, semblable à celui du temps pascal dont on reprend, du reste, les Alléluias.