« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

28 mai 2014

ASPECTS DOCTRINAUX DE L’HISTOIRE DE LA LITURGIE II.

L’âge des Pères (4e - 7e siècles)


L’usage des compositions écrites se généralise petit à petit. De plus en plus les Églises font usage de prières écrites et de cérémonies déterminées, approuvées par les évêques. À la fin du 4e siècle, saint Augustin se plaint de ce que certains évêques emploient des prières composées par des auteurs incompétents, voire par hérétiques[1]. On sent donc la nécessité d’une discipline plus stricte : certains conciles africains interdisent l’usage de formules qui n’ont pas été approuvées par un synode officiel[2]. Désormais, l’intervention des conciles locaux et l’influence des grandes Églises de Rome, d’Antioche, d’Alexandrie vont créer des types liturgiques différents.





24 mai 2014

LOUANGE AU CRÉATEUR


          Béni êtes-vous, Seigneur, roi des siècles. Par le Christ vous avez créé l'univers, par lui vous avez ordonné le monde informe; vous avez séparé les eaux inférieures des eaux du firmament, vous leur avez insufflé un souffle de vie, vous avez affermi la terre et vous avez tendu le ciel; à chaque créature vous avez donné une place déterminée.
Par votre pouvoir, ô Souverain, le monde a été établi dans sa splendeur, le ciel comme une voûte éclairée d'étoiles, pour nous consoler dans la nuit; le soleil et la lumière ont apparu pour éclairer le jour et préparer les récoltes, la lune, croissant et décroissant, pour rythmer le temps. On les a nommés le jour, la nuit, et le firmament surgit du milieu des abîmes. Vous avez dit aux eaux de se rassembler pour laisser apparaître la terre ferme.

La mer, qui pourra la célébrer ? Elle arrive, déchaînée, de l'océan et y retourne, quand vous lui défendez l'accès de la berge. Vous avez dit en effet : en elle seront brisés les flots. Vous y avez tracé le chemin aux poissons, petits et grands, comme aux navigateurs.

Et la terre a germé, dans la diaprure de ses fleurs et la variété de ses arbres et les astres lumineux, qui les éclairent, suivent leur invariable route, sans jamais transgresser vos ordres. Quels que soient vos décrets, ils se lèvent et se couchent, pour marquer les temps et les années, rythmant le travail des hommes.

Ensuite apparurent les diverses espèces d'animaux: terrestres, aquatiques, amphibies; la sagesse industrieuse de votre providence donne à chacune selon son besoin: la même puissance qui préside à leur création si variée, veille encore aux nécessités de tous.




A la fin de la création, et selon les ordres de votre sagesse, vous avez façonné l'animal doué de raison, pour habiter la terre, en disant: faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Et vous en avez fait le monde du monde et la splendeur des splendeurs. Vous avez créé son corps des quatre éléments existant déjà; mais l'âme vous l'avez tirée du néant, vous l'avez dotée des cinq sens et de l'esprit qui les gouverne.



Là-dessus, souverain Seigneur, qui parlera dignement du mouvement des nuages qui apportent la pluie, de l'éclat de l'éclair, du fracas du tonnerre ? Tout est ordonné de façon à donner à chacun selon son besoin, avec la plus grande variété de température.

L'homme ayant péché, vous lui avez retiré la vie promise en récompense: vous ne l'avez pas totalement anéanti, mais mis en veilleuse pendant un moment. Vous l’avez appelé par serment à la nouvelle naissance. Vous avez déchiré le décret de mort, vous qui rendez la vie aux morts, par Jésus-Christ, notre espérance.




Texte tiré des Constitutions apostoliques, IVème siècle.

20 mai 2014

ASPECTS DOCTRINAUX DE L’HISTOIRE DE LA LITURGIE I.

          La Liturgie est une réalité concrète de la vie de l’Église qui ne peut être connue a priori. Pour lui appliquer les principes universels du culte divin et de la Tradition de l’Église il est nécessaire de la considérer dans son histoire. La Liturgie a existé dès le commencement de l’Église, avant même qu’on en établît la doctrine. La Tradition liturgique se trouve donc d’abord dans la pratique de l’Église, dans les canons et les coutumes ecclésiastiques, et non pas dans la théologie spéculative. L’existence des rites a précédé leur explication. Ils n’ont pas été établis à la suite d’une élaboration abstraite de leurs principes, mais ce sont eux qui ont servi de base et de fondement à celle-ci.

C’est pourquoi il ne saurait y avoir de doctrine sur la Liturgie sans un exposé préalable de son histoire. La doctrine liturgique relève d’une découverte ‘a posteriori’, parce qu’elle se fonde sur la pratique de l’Église. Le rite lui-même ne saurait être intelligible sans référence à son histoire. Les rites actuels et l’année liturgique n’ont pas été confectionnés en un jour mais, par un processus lent et progressif, dont ils gardent les traces ; ils ne peuvent être compris sans référence à leur développement historique.



 


AUX SOURCES DE LA LITURGIE

La Liturgie existe bien avant qu’on en élabore la doctrine. Elle est une pratique, non une doctrine spéculative. C’est donc au sein de cette pratique que se trouvent d’abord ses principes, c’est d’elle qu’il faut tout d’abord les tirer, les découvrir.

La première source écrite est bien évidemment la Sainte Écriture, qui présente la liturgie non point comme une action purement humaine, mais comme une œuvre révélée et prescrite par Dieu même, jusque dans les détails. Le peuple hébreu, autrement dit l’Église de l’Ancien Testament, avait une Liturgie minutieusement réglée, qui est décrite notamment dans les livres de l’Exode, du Lévitique, et du Deutéronome. Ce culte de l’Ancien Testament n’est pas encore la Liturgie chrétienne, mais il en est déjà la figure et la source[1].
Le Nouveau Testament contient bien les principes fondateurs de la Liturgie chrétienne, mais il ne dit rien des rites de la première Église. On trouve quelques éléments dans les épîtres de saint Paul, en particulier au chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens, qui précisément abolit certains abus concernant la célébration de l’Eucharistie. Plusieurs textes datant des premiers siècles, comme la ‘Didachè’ et la ‘Tradition apostolique’, présentent des coutumes touchant les premières célébrations eucharistiques et quelques formules de prière. Leur interprétation est, bien-entendu, assez délicate.

Les documents proprement liturgiques sont les ‘Sacramentaires’ qui contiennent toutes les prières que récitait le prêtre ou l’évêque. Les principaux sacramentaires sont le ‘Léonien’, le ‘Gélasien’, et le ‘Grégorien’, attribués aux papes dont ils portent les noms. Il faut ajouter les ‘Ordines Romani’, le ‘Missale gothicum’, c’est-à-dire le missel gallican ancien.

Outre ces documents proprement liturgiques, les œuvres des Pères de l’Église donnent les premiers commentaires des principales actions ou formules dont est composée la Liturgie. Sans traiter de la Liturgie en général et de manière abstraite, ils exposent le déroulement des principaux rites sacramentels, leur signification et leur rôle dans la sanctification et la vie chrétienne. Nous pouvons citer ici les saint Cyrille de Jérusalem (+386), saint Ambroise (+397), saint Augustin (+430) qui composa plusieurs sermons à l’occasion des fêtes liturgiques, parmi bien d’autres.