« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

19 octobre 2015

LA TRADITION



D'APRÈS LA THÉOLOGIE


Pour comprendre cette étude théologique, il faut avoir lu la première partie exposant la nature et les principes de toute tradition d’un point de vue philosophique. Cette première partie se trouve sur notre page CHRISTI REGNUM.

Lire la première partie : LA TRADITION d'après la Philosophie.

L’Église est traditionnelle
Les principes de la Tradition de l’Église
Cause finale
Cause efficiente
Cause matérielle
Objet
La Tradition de l’Église
L’ordre analogique de la Tradition
Les erreurs sur la Tradition de l’Église
La vie de la Tradition de l’Église

Les théologiens ont coutume d’entendre par ‘Tradition’ la partie non écrite de la Révélation, à savoir la prédication orale des Apôtres : “Le nom de tradition est assumé par les théologiens pour signifier seulement la doctrine non écrite.” [1] C’est en ce sens que l’utilise le Concile de Trente lorsqu’il enseigne : “Cette vérité et cette discipline sont contenues dans la Sainte Écriture et dans les traditions que les Apôtres ont reçues du Christ lui-même, ou qui, transmises comme de main en main, nous sont parvenues des Apôtres eux-mêmes” (DS 1501). Le Concile Vatican I fait de même : “Sont à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, qu’elle soit écrite ou transmise par tradition …” (DS 3011)

Mais quand on parle de ‘Liturgie traditionnelle’ ou de ‘tradition monastique’, il est clair que ce terme a un sens beaucoup plus large. Il arrive que des positions opposées se justifient en recourant pareillement à des ‘traditions’ ou à la ‘Tradition’, qualifiée d’immuable ou de vivante. Il apparaît que l’extension du terme de ‘tradition’ couvre une réalité beaucoup plus vaste que la partie non écrite de la Révélation.

Nous ne pouvons donc pas éluder la question de la notion de ‘tradition’ en général, dont on ne trouve pas d’exposition dans les traités de théologie, si ce n’est au sens mentionné plus haut. Le concept de tradition dans toute son acception ne se réduit pas à la doctrine révélée ou au Magistère, mais concerne toute la vie de l’Église



L’Église est traditionnelle


Comme toute société durable l’Église porte une tradition et vit d’une tradition. De même que l’Église est soumise aux conditions naturelles de la société humaine, tout en les transcendant, elle en assume le propriété d’être traditionnelle. Toute la vie de l’Église est transmise par tradition, toutes les institutions de l’Église sont traditionnelles.
Le christianisme est tradition dans sa source même puisqu’il émane du Jésus-Christ, Fils de Dieu, engendré et envoyé par le Père, qui a fait connaître aux hommes, par ses Apôtres (‘apôtre’ signifie ‘envoyé’) ce qu’il a entendu de son Père (Jn 8,26 ; 8,40 ; 15, 15) et leur a communiqué la filiation divine (Jn 1,12 ; 1 Jn 3,1).

L’Évangile de saint Luc commence par un appel à la tradition. Lc 1,1-2 : “Comme plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la parole.” C’est aussi par référence à la tradition qu’écrit S. Paul. 1Co 11,2 : “Je vous loue, [mes frères], de ce que vous vous souvenez de moi à tous égards, et de ce que vous retenez mes instructions (παραδόσεις) telles que je vous les ais données (tradidi, παρέδωκα)” ; 23 : “J’ai moi-même reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis (tradidi, παρέδωκα ) ; 15,3 : “Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'ai appris moi-même (Tradidi enim vobis in primis quod et accepi, παρέδωκα γὰρ ὑμῖν ἐν πρώτοις, ὃ καὶ παρέλαβον) .”
L’argumentation de saint Irénée contre les hérétiques repose principalement sur la conformité à l’enseignement reçu des apôtres et la continuité dans la hiérarchie.
“Telle est , frère bien-aimé, la prédication de la vérité, et tel et le caractère de notre salut, et telle est la voie de la vie que nous ont annoncée les prophètes, que le Christ a confirmé, que les apôtres ont transmis (tradiderunt), et l’Église le transmet (tradit) à ses fils dans l’univers entier.” [2]
“La marque distinctive du Corps du Christ, consiste dans la succession des évêques auxquels les apôtres remirent chaque Église locale ; parvenue jusqu'à nous, une conservation immuable des Écritures, impliquant trois choses: un compte intégral, sans addition ni soustraction, une lecture exempte de fraude et, en accord avec ces Écritures, une interprétation légitime, appropriée, exempte de danger et de blasphème.” [3]
Tertullien, dans le De praescriptione haereticorum, 19 explique que les hérétiques ne peuvent à bon droit citer les Écritures, car ils les lisent en dehors de l’Église et de sa Tradition [4].
Saint Jean Chrysostome se réfère à la prédication non écrite des Apôtres transmise par l’Église :
“Il est donc évident que les apôtres n’ont pas tout transmis par leurs écrits, mais beaucoup sans écriture et ces choses sont pareillement dignes de foi. C’est pourquoi nous croyons que la tradition de l’Église est également digne de foi ; c’est la tradition, ne cherche rien de plus.” [5]
Saint Basile utilise le terme de tradition non seulement pour la doctrine mais aussi pour les rites sacrés : “car, si nous essayions d’écarter les coutumes non écrites comme n’ayant pas grande force, nous porterions atteinte, à notre insu, à l’Évangile, sur les points essentiels eux-mêmes”. Il cite comme exemples : le signe de croix, se tourner vers l’Orient pour la prière, le texte de la Liturgie, la consécration de l’eau baptismale et de l’huile sainte [6].
Saint Augustin ne dit pas autrement:
“Pour les choses desquelles la Sainte Écriture n’a rien établi de certain, la coutume du peuple de Dieu ou les institutions des anciens tiennent lieu de loi.” [7]
Observons enfin que dans la vie concrète de l’Église la tradition dogmatique est inséparable de la tradition morale, disciplinaire et liturgique qui en est l’expression.

01 juillet 2015

Haec dies quam fecit Dominus ! (2)



La date de la fête de Pâques est un exemple typique de tradition ecclésiastique, inséparable de la Tradition, et qui participe de son immutabilité. De l’histoire de cette institution, qui est passée par de nombreuses péripéties, nous ne retiendrons que ce qui est théologiquement significatif.

Son principe fondateur se trouve dans le Christ lui-même : le fait historique de sa Résurrection. Celle-ci a eu lieu le premier jour de la semaine suivant la Pâque juive (le 14 Nizan du calendrier juif, conformément à la Loi promulguée par Moïse), jour qui fut appelé en conséquence par les chrétiens le ‘jour du Seigneur’ : dominica dies [6].

Or la célébration de la Résurrection du Christ n’est pas un simple anniversaire, à la manière des solennités politiques, mais une commémoration sacramentelle, la présence et l’actualisation du mystère du Salut, dont la Pâque juive était la préfiguration. C’est pourquoi l’Église célébra la fête de Pâques non pas à la date anniversaire au calendrier solaire, mais selon le comput hérité de l’Ancien Testament, à savoir selon le calendrier lunaire [7], la date étant calculée selon le calendrier julien - remontant à Jules César -, le calendrier alors universellement en usage dans l’empire romain.

L’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée indique qu’il en était ainsi à Rome sous le pontificat de Sixte Ier en l’an 120. Les Églises d’Asie Mineure conservaient toutefois la célébration au 14 Nizan du calendrier juif. Le Pape Anicet et saint Polycarpe conférèrent de cet usage dit ‘quartodéciman’ en 155, sans que la bonne entente en fut altérée. Mais le pape saint Victor (189-199) ne l’entendit pas ainsi. Il fit réunir des synodes en Orient et en Occident. Les Églises d’Asie s’obstinant, Victor les menaça d’excommunication, et saint Irénée intervint pour éviter cette mesure extrême. Nous ignorons ce qu’il advint par la suite, mais au siècle suivant l’usage quartodéciman avait disparu. Dès le 3e siècle, donc, la tradition était universelle : le jour de Pâque était le dimanche suivant la pleine lune équinoxiale de printemps.

30 juin 2015

Haec dies quam fecit Dominus ! (1)


Voici le Jour qu'a fait le Seigneur !

(Verset de la Liturgie Pascale, emprunté au psaume 117)


L’idée d’un accord de tous les chrétiens entre eux sur la date de la fête de Pâques revient régulièrement sur la scène médiatique. Chaque année, on s’étonne de voir diverses communautés chrétiennes - les Églises orthodoxes en particulier - célébrer la Résurrection du Seigneur à plusieurs jours de décalage par rapport à l’usage de l’Église catholique. Récemment, et dans l’intention explicite d’une unification, le Pape François proposait de fixer la célébration liturgique de Pâques au deuxième dimanche d’avril.
Une telle réforme - les fidèles attachés à la Tradition de l’Église l’imaginent sans peine - entraînerait un nouveau bouleversement de l’année liturgique. Mais quels sont, au juste, les arguments que l’on peut raisonnablement opposer à une telle initiative ? Le Pape n’a-t-il pas tout pouvoir sur la Liturgie, et donc celui de déterminer le calendrier des fêtes et des célébrations ?

Nous nous proposons d’examiner ici la question elle-même - la question de fond, non pas simplement l’une de ses répercussions : le Pape peut-il changer la date de Pâques ?

Pour ce faire il est nécessaire tout d’abord de considérer les principes de la Tradition de l’Église et de la valeur du temps liturgique. En effet, ce qui a toujours été vécu dans l’Église, sans qu’il ait paru nécessaire d’en faire une étude particulière ni d’en défendre le fondement, se voit aujourd’hui systématiquement ignoré ou remis en question. La théologie n’en a pas traité, ou très peu. L’incompréhension de ces vérités fondamentales, voire leur disparition, survenues au 20e siècle - peut-être avant - oblige à s’y appliquer désormais avec soin.


26 janvier 2015

PRIÈRE DE SAINT POLYCARPE

Voici la prière que prononça saint Polycarpe de Smyrne le jour de sa mort.
On peut lire le récit intégral de son martyre, tel que le rapporte la lettre de l'Église de Smyrne.



« Levant les yeux au ciel, il dit :

Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé, Jésus Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, Dieu des anges, des puissances, de toute la création, et de toute la race des justes qui vivent en ta présence,

Je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection de la vie éternelle de l’âme et du corps, dans l’incorruptibilité de l’Esprit saint. Avec eux, puissé-je être admis aujourd’hui en ta présence comme un sacrifice gras et agréable, comme tu l’avais préparé et manifesté d’avance, comme tu l’as réalisé, Dieu sans mensonge et véritable.

Et c’est pourquoi pour toutes choses je te loue, je te bénis, je te glorifie, par le grand prêtre éternel et céleste Jésus Christ, ton enfant bien-aimé, par qui la gloire à toi avec lui et l’Esprit saint maintenant et dans les siècles à venir.




Quand il eut fait monter cet Amen et achevé sa prière, les hommes du feu allumèrent le bûcher. Une grande flamme brilla, et nous vîmes une merveille ! - Oui, c'est à nous qu'il fut donné de le voir, nous qui avions été gardés pour annoncer aux autres ces événements :

Le feu présenta la forme d’une voûte, comme la voile d’un vaisseau gonflée par le vent, qui entourait comme d’un rempart le corps du martyr ; il était au milieu, non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit, ou comme de l’or ou de l’argent brillant dans la fournaise. Et nous sentions un parfum pareil à une bouffée d’encens ou à quelque autre précieux aromate... »

Lire plus sur saint Polycarpe : ici.