« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

20 août 2016

Les dimanches après la Pentecôte

La période de l’année liturgique qui s’étend de l’octave de la Pentecôte au premier dimanche de l’Avent est simplement dénommée ‘après la Pentecôte’, dénomination qui ne semble pas impliquer de signification particulière, au point que ces dimanches sont parfois tout simplement appelés ‘ordinaires’. Leur richesse doctrinale et spirituelle, néanmoins, ne laisse pas de faire mentir cette dernière appellation.




Selon la variation de la date de Pâques et celle du premier dimanche de l’Avent, elle comporte entre 23 et 28 semaines, c'est-à-dire près de la moitié de l’année. Il vaut donc la peine de considérer ces dimanches temps de plus près. Ils ‘suivent’ la Pentecôte non seulement selon l’ordre matériel du calendrier, mais encore parce qu’ils en découlent : ils en célèbrent la conséquence, le mystère de la vie de l’Église. Ils ne se rapportent pas à des mystères ou événements particuliers de la vie du Christ mais commémorent le déploiement de l’Église dans la vie des chrétiens, dans la morale et les sacrements, jusqu’à l’avènement glorieux du Christ où elle aura atteint sa perfection. L’Église étend et accomplit de l’œuvre du Salut à tous les hommes jusqu’à la fin du monde. Cette œuvre divine, commencée à la Pentecôte, n’est autre que l’édification et la sanctification de l’Église. C’est pourquoi le sanctoral y est particulièrement développé. Il est dominé par la fête de l’Assomption de la Vierge en qui se réalise toute la perfection de l’Église. D’autres fêtes, parmi les plus importantes, émaillent ce temps : saints Pierre et Paul, saint Laurent, l’Exaltation de la Sainte Croix, saint Michel et la Toussaint.

À la différence des autres temps de l’année, il est rare qu’il y ait une unité de thème ou de doctrine entre les chants, les oraisons et les lectures de chaque dimanche. Cette mosaïque de textes, apparemment désordonnée peut déplaire au rationalisme moderne. Elle n’est pas le fruit d’un système a priori, mais celui de la Tradition. La consultation des sacramentaires et des commentaires liturgiques anciens permet de noter les variations subies au cours de l’histoire. On constate en particulier que l’évangile du 4e dimanche a été transféré au 1e à une époque variable selon les Églises, ce qui a entraîné le décalage de tous les évangiles à partir du 5e. Il n’est donc pas utile de chercher des convenances entre les évangiles, les épîtres et les autres textes de la messe du jour.
On note aussi que la série des dimanches dont la succession est aujourd’hui continue était jadis structurée en fonction de certaines fêtes parmi les plus importantes de l’Église romaine. On comptait les premiers dimanches en fonction de la fête des saints Pierre et Paul (29 juin) ; c’est sans doute ce qui a fait choisir l’évangile de la pêche miraculeuse pour le 4e dimanche. La série s’interrompait pour constituer un cycle autour de la fête de saint Laurent (10 août) et les dimanches 11e à 15e étaient les dimanches après saint Laurent. Les dimanches 16e à 20e suivaient la fête de saint Cyprien (16 septembre), les 20e et suivants correspondant à la fête de saint Michel. On remarque que les Introït de ces derniers dimanches sont extraits des prophètes et non pas du psautier comme les précédents. Pour les autres dimanches (1e à 19e) l’ordre des Introïts, profondément modifié par saint Grégoire, suit de manière très lâche la succession des psaumes.

Les épîtres suivent aussi de manière non rigoureuse l’ordre des épîtres de saint Paul : à partir du 4e dimanche on lit successivement des extraits des épîtres aux Romains, aux Corinthiens (1 & 2), aux Galates, aux Éphésiens et aux Colossiens.
Les évangiles de ces dimanches ne suivent pas l’ordre du texte de l’Écriture ; leur suite n’est ni logique, ni chronologique. Ce sont simplement des épisodes de la vie du Christ ou des extraits de son enseignement qui ont trait aux principes et à la pratique de la vie de l’Église et de la vie du chrétien, celle-ci étant l’abrégé de celle-là. Ce temps de l’année est donc comme la représentation liturgique de l’histoire de l’Église et de la vie du chrétien.

La répétition annuelle des mêmes textes est commune à tous les jours liturgiques. Les variations ne sont pas dues à des choix arbitraires ou à des cycles d’années mais à l’ordre nécessaire du mouvement des astres qui détermine la date de Pâques et la suite des jours. Les textes sont invariables car l’année liturgique commémore de manière cyclique toute l’histoire du Salut, définitivement fixée dans la Sagesse divine. La répétition annuelle des mêmes épîtres et des mêmes évangiles manifeste en outre la pédagogie de l’Église qui forme ses fidèles en leur faisant entendre chaque année les textes les plus fondamentaux de la Révélation.
On peut aussi noter que les derniers dimanches s’orientent vers l’avènement final du Christ et le jugement dernier qui est l’objet du dernier dimanche : invitation aux noces (19e dimanche, évangile), prière des exilés et contrition (20e dimanche, introït), reddition des comptes et pardon des offenses (21e dimanche, évangile), appel à la miséricorde (22e, introït), résurrection (23e, évangile).

Ce temps est aussi d’une immense richesse mystique et doctrinale par les oraisons de la messe (principalement la collecte, mais aussi la secrète et la postcommunion). Les oraisons du temps après la Pentecôte sont des plus anciennes. Alliant la concision et la profondeur doctrinale, elles sont d’une admirable facture littéraire, avec des propositions rythmées en finale. Elles manifestent la gravité et l’ordonnance du génie romain.
Pour les bien saisir et en découvrir la richesse, le mieux est de les ‘méditer’ - au sens ancien du terme - c’est-à-dire de les répéter fréquemment à voix basse, avec toute l’application de l’intelligence et du cœur.