« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

02 décembre 2016

ADVENTUS 2)

Voici le Rorate cæli, un des plus célèbres chants de l’Avent, avec la traduction de dom Guéranger.
On dit souvent que c’est un centon d’Isaïe.
Le refrain et les deux premières strophes sont en effet des citations d’Isaïe, légèrement modifiées et raccourcies.
Mais dans la troisième il y a deux citations (modifiées) de l’Exode et la fin est un morceau d’antienne liturgique (antienne à Magnificat, lundi de la deuxième semaine de l'Avent, cf. Isaïe 10, 27).
La quatrième provient essentiellement d’un répons de l’Office divin pour le temps de l'Avent, inspiré par divers textes prophétiques (répons Jerusalem du deuxième dimanche de l’Avent, inspiré notamment d'Isaïe 41, 14 et 48, 17).



Les deux premières strophes décrivent les misères morales et intérieures des âmes accablées de péchés, sous les traits de la ville sainte ravagée, du lépreux ulcéré...
Les deux dernières font place à l'espérance du Sauveur promis.

Rorate cæli desuper, et nubes pluant justum. (Isaïe 45, 8).
Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.



Ne irascaris Domine, ne ultra memineris iniquitatis, ecce civitas sancta facta est deserta, Sion deserta est, Jerusalem desolata est, domus sanctificationis tuæ et gloriæ tuæ, ubi laudaverunt te patres nostri. (Isaïe 64, 9-11)
Rorate...
Ne vous irritez plus, Seigneur, ne vous souvenez plus désormais de notre iniquité. Voilà que la cité du Saint est devenue déserte, Sion est dans la solitude, Jérusalem est désolée, cette maison consacrée à votre culte et à votre gloire, où nos pères ont chanté vos louanges.

Peccavimus, et facti sumus tamquam immundus nos, et cecidimus quasi folium universi. et iniquitates nostræ quasi ventus abstulerunt nos, abscondisti faciem tuam a nobis, et allisisti nos in manu iniquitatis nostræ. (Isaïe 64, 6-7)
Rorate...
Nous avons péché, et nous sommes devenus comme le lépreux ; et nous sommes tous tombés comme la feuille ; et comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés par la main de notre iniquité.

Vide Domine afflictionem populi tui, (Exode 3, 7) et mitte quem missurus es : (Exode 4, 13) emitte Agnum dominatorem terræ, de petra deserti ad montem filiæ Sion (Isaïe 16, 1) ut auferat ipse jugum captivitatis nostræ.
Rorate...

Voyez, Seigneur, l'affliction de votre peuple, et envoyez Celui que vous devez envoyer. Faites sortir l'Agneau qui doit dominer sur la terre; qu'il s'élance de la pierre du désert sur la montagne de la fille de Sion, afin qu'il enlève lui-même le joug de notre captivité.

Consolamini, consolamini, popule meus : (Isaïe 40, 1) cito veniet salus tua ; quare mœrore consumeris, quia innovavit te dolor? Salvabo te, noli timere, ego enim sum Dominus Deus tuus, Sanctus Israel, redemptor tuus.
Rorate...

Console-toi, console-toi, ô mon peuple ! bientôt viendra ton salut: pourquoi te consumes-tu dans la tristesse? Pourquoi la douleur s'est-elle emparée de toi ? Je te sauverai, ne crains point : car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d'Israël, ton Rédempteur


Voici un petit commentaire de Pierre de Celle sur le Emitte Agnum dominatorem terrae de la troisième strophe :

Envoyez l’Agneau qui doit être tondu à la circoncision, dépouillé à la crucifixion, vendu trente deniers à la trahison, immolé pour notre rédemption. Envoyez l’Agneau qui soit digne de recevoir la puissance et la divinité, digne de briser les sept sceaux du livre fermé, c'est-à-dire du mystère de l’Incarnation du Sauveur ; envoyez l’Agneau qui ne met pas de suite les pécheurs à mort, mais les appelle à la pénitence, disant :
« Je ne suis pas venu appeler les justes,
mais les pécheurs à la pénitence. »