« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

12 décembre 2016

L' Hymne acathiste


L’hymne acathiste est un des plus anciens offices de louange et de supplication à la Vierge Marie. On en ignore et l’origine et l’auteur.

Il fut chanté, semble-t-il, pour la première fois en 626 à Constantinople, pour libérer la ville alors assiégée par les musulmans. La ville fut délivrée de même en 678 et 718.

Il est chanté de nos jours par l’Église byzantine les vendredis de Carême, le "samedi de l'Acathiste" à la cinquième semaine du Grand Carême, quinze jours avant Pâques, et aussi en diverses occasions. On l’emploie volontiers pour satisfaire sa dévotion personnelle.
Le nom d’acathiste signifie que cet hymne est chanté debout, tout au long, sans s’asseoir.
(α- privatif, καθίζειν = s’asseoir).

Ce petit office se compose de 24 unités ou οἶκοι (prononcer : ‘iki’). La moitié de ces οἶκοι, numérotés par les chiffres impairs, consistent en une brève strophe d’introduction suivie de douze invocations commençant par la salutation angélique : χαῖρε, ‘réjouis-toi’. Ces invocations se concluent par l’acclamation :
Χαῖρε, Νύμφη ἀνύμφευτε - Réjouis-toi, Épouse inépousée !
Les οἶκοι de numéro pair qui alternent avec les précédentes, consistent dans une simple strophe conclue par l’exclamation de louange « Alléluia ! ».


La série de ces οἶκοι est acrostiche, selon l’alphabet grec. Les douze premiers ont trait aux mystères de la Conception et de l’enfance du Christ, les douze suivants concernent le mystère de l’Incarnation Rédemptrice et de la Maternité virginale de Notre-Dame.
Le texte de cette hymne est très riche théologiquement et pourrait faire l’objet d’un commentaire détaillé. Les litanies de Lorette en usage en Occident en sont comme le résumé. Cette unité de doctrine et de prière fait de l’acathiste une dévotion semblable au rosaire.

Voici un extrait de cette admirable prière :
Réjouis-toi, échelle du ciel par qui Dieu descendit, réjouis-toi, viaduc conduisant de la terre vers le ciel.
Réjouis-toi, inépuisable admiration des Anges, réjouis-toi, défaite éclatante des démons.
Réjouis-toi, qui as engendré ineffablement la lumière, réjouis-toi, qui n’en dis à personne le `comment´.
Réjouis-toi, qui surpasses la connaissance des savants, réjouis-toi, qui illumine l’intelligence des fidèles.
Réjouis-toi, Épouse inépousée !

La salutation adressée à la Vierge est χαῖρε, ‘réjouis-toi’. C’est la parole même de l’Ange que cite l’évangile de saint Luc dans le texte grec. La Galilée était une contrée bilingue où l’on parlait grec couramment. Il est bien probable que l’Ange ait salué Marie par cette formule grecque de salutation et non par la formule hébraïque qui souhaite la paix - shalom, sinon l’évangéliste l’aurait traduite ainsi comme en d’autres cas [1]. L’acclamation ‘réjouis-toi’ est donc bien conforme à l’Évangile.

Aussi, tout au long de l'hymne, l’acathiste appelle la Vierge ‘épouse inépousée’. La Vierge est en effet ‘épouse’ du Verbe. Le Christ est le nouvel Adam comme Marie est la nouvelle Ève. De nombreux Pères l’appellent ainsi [2]. Elle est ‘inépousée’ puisqu’elle est toujours vierge, avant, pendant et après l’enfantement.
‘Épouse inépousée’ exprime donc très justement le mystère de la maternité virginale et sponsale de Notre-Dame.

Pour télécharger l'hymne acathiste en format livret, activer ce lien.



[1] Par exemple : pax vobis, Lc 24,36
[2] Voir notre article : Marie, nouvelle Ève.