« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

25 décembre 2016

NOËL 2)



Notes sur la liturgie de Noël


Lire l'article sur le Mystère de Noël.

Les trois messes de Noël

Il y avait à Rome une messe de Vigile, qui avait lieu le soir (on était à jeun depuis la veille, évidemment) et précédait l’office nocturne, lequel s’achevait par la messe in galli cantu (au chant du coq), célébrée par le Pape dans l’intimité de la chapelle de la Crèche, au milieu de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Cette messe - improprement dite aujourd’hui ‘de minuit’ - était célébrée de manière simple et toute recueillie, peu avant l’aurore. Après quoi le Pontife se rendait à la basilique de Sainte-Anastasie pour y honorer par une seconde messe la mémoire de cette sainte spécialement vénérée par les byzantins, nombreux dans la ville à l’époque.

 
Facade de la basilique Sainte-Anastasie à Rome
 
Par la suite, la colonie byzantine ayant cessé d’exister, cette messe fut transformée en messe de Noël - improprement dite ‘messe de l’aurore’ - où l’on continua à faire mémoire de la sainte [1]. Elle était suivie à la basilique Saint-Pierre (puis à Sainte-Marie-Majeure à partir de Grégoire VII) d’un deuxième office et des Laudes, puis, après Tierce, de la messe du jour, qui était la seule messe solennelle, la messe de Noël par excellence. En 431, le Pape saint Célestin y lut les lettres du Concile d’Ephèse.

La triple célébration était donc le fait du Pape seul. Il n’y avait dans les églises que la ‘messe du jour’. On a par la suite donné à ces trois messes une signification symbolique d’après leurs évangiles respectifs. Ces interprétations ne sont pas à dédaigner, car le Saint-Esprit guide l’Église dans ses institutions liturgiques, mais les opinions peuvent diverger.

Ainsi, la messe in galli cantu ou messe ‘de minuit’ célèbre la naissance éternelle du Verbe, par opposition avec sa naissance selon la chair. La messe de l’aurore commémore la naissance selon la chair ainsi que la renaissance du tombeau à la Résurrection. La messe du jour rappelle la génération éternelle et annonce l’avènement final du Christ comme juge et roi éternel.


L’octave de Noël

Primitivement, seule la fête de Pâques avait un octave. Le huitième jour après Noël n’était donc pas l’objet d’une solennité particulière.
C’est en réaction contre les fêtes païennes du 1er janvier [2] que fut introduite vers la fin du VIe siècle la célébration de l’octave de Noël. Les Églises de Gaule célébraient à cette occasion la fête de la Circoncision du Seigneur, qui eut lieu précisément le huitième jour après sa naissance.
À Rome on se contenta d’abord de célébrer l’octave de Noël ; mais, en relation avec l’église stationale (Sainte-Marie-du-Transtévère), on consacra bientôt ce jour à la maternité virginale de Notre-Dame.

Dom Guéranger rapporte cette institution à la commémoration du Concile d’Éphèse, qui avait défini sa maternité divine [3]. Cela explique pourquoi les chants de la messe sont empruntés aux diverses messes de Noël, tandis que l’Évangile est celui de la Circoncision.
Quant aux antiennes de l’Office, très riches en théologie et en figures bibliques, elles célèbrent la maternité de la Vierge et proviennent de la liturgie byzantine.

Une des plus anciennes représentations de la Vierge allaitante :
Sainte-Marie-du-Transtévère


Lire l'article sur le Mystère de Noël.



[1] « La messe de l'aurore, à Rome, était entièrement dédiée à sainte Anastasie, si bien que la singularité apparente de ce jour marqué par une triple messe stationnale, rentre pleinement dans la règle. La messe nocturne à la crèche Libérienne ad galli cantus, est la messe de Vigile ; celle qui est célébrée au titre anastasien forme une espèce de parenthèse, est indépendante : c'est la commémoration byzantine de la martyre de Sirmium importée dans l'Église de la cour au pied du Palatin, par les Grecs ; la troisième messe, à Saint-Pierre, est la vraie et l'unique messe du saint jour de Noël. » (Cal. Schuster, Liber sacramentorum II, p. 61)

[2] Nous possédons, par exemple, une homélie de saint Pierre Chrysologue sur ce sujet (Sermon 155, PL 52,609).

[3] Dom Guéranger, L'Année Liturgique, Temps de Noël, 1890, p. 469. Ce qu’on a dû oublier lors de l’introduction (1931) de la fête du 11 octobre…