« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

06 janvier 2017

ÉPIPHANIE 1.


Institution et signification de la fête de l’Épiphanie


À l’inverse de la fête de Noël c’est d’abord en Orient que celle de l’Épiphanie a été instituée, pour passer ensuite en Occident. En Orient elle a pour objet la commémoration du baptême du Christ et est appelée ‘Théophanie’, c'est-à-dire manifestation de la divinité. En effet, la descente du Saint-Esprit sur le Christ Jésus, et la voix du Père proclamant sa filiation divine (Mt 2,16-17) constituent la première manifestation de sa divinité. Cette fête est aussi appelée fête ‘des saintes lumières’, parce qu’en ce jour on administre solennellement le baptême qui est une illumination de l’âme.

Tandis que les Églises d’Orient associent l’adoration des mages à la nativité du Seigneur en la célébrant le même jour, le 25 décembre [1], celles d’Occident, en recevant la fête de l’Épiphanie à la fin du IVe siècle, ont réuni dans une même célébration cette adoration des mages, le baptême du Christ et le miracle de Cana. Cette triple signification est un bel exemple de développement de la Liturgie.
Tribus miraculis ornatum diem sanctum colimus : hodie stella Magos duxit ad praesepium : hodie vinum ex aqua factum est ad nuptias : hodie in Iordane a Ioanne Christus baptizari voluit, ut salvaret nos, alleluia. (antienne des Vêpres)

« Trois miracles ont marqué le jour saint que nous célébrons : aujourd’hui, l’étoile a conduit les Mages à la crèche ; aujourd’hui, l’eau a été changée en vin au repas des noces ; aujourd’hui, dans le Jourdain, le Christ a voulu être baptisé par Jean afin de nous sauver, alléluia. »



Ces trois événements, dont nous ignorons la date exacte et qui sont historiquement distincts, constituent mystiquement un seul ‘jour’. C’est pourquoi la liturgie les associe dans une même célébration. Ils constituent tous trois la manifestation de la messianité et de la divinité de Jésus-Christ. C’est ce que signifie le nom d’Épiphanie, qui vient du verbe ἐπιφαίνεσθαι, manifester. En grec cette fête est appelée Θεοφανία (Богоявелние en slavon), manifestation de Dieu.
Alors que, par l’adoration des mages, il se manifeste une première fois de manière secrète, et si la signification complète du Baptême n’a été perçue que par saint Jean-Baptiste, aux noces de Cana, en revanche, le Christ opère son premier miracle, les disciples croient en lui et il commence vraiment sa vie publique.
Cette identité mystique des trois événements est exprimée par l’antienne des Laudes qui, prise dans un sens littéral et historique, serait incompréhensible :
Hodie caelesti sponso iuncta est Ecclesia, quoniam in Iordane lavit Christus eius crimina : currunt cum muneribus Magi ad regales nuptias, et ex aqua vino laetantur convivae, alleluia. (antienne des Laudes)

« Aujourd’hui, l’Église s’est unie à son époux céleste, car le Christ l’a lavée de ses péchés dans le Jourdain : les Mages accourent aux noces royales avec des présents, et l’eau changée en vin réjouit les convives. »

Cet « aujourd’hui » ne signifie pas que nous célébrons l’anniversaire de ces événements, mais qu’ils constituent un seul mystère que la Liturgie actualise en ce jour dans la vie de l’Église.
Le Christ n’a pas reçu le baptême de Jean en signe de pénitence de ses propres péchés, mais en signe de purification de son Église : « Le Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans l'eau baptismale, […] pour la faire paraître, devant lui, cette Église, glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée. » (Ep 5)
L’eau du Jourdain n’a pas purifié le Christ, mais en lui et par lui, elle a purifié l’Église. L’Église, Corps mystique du Christ, est entrée avec lui dans le Jourdain.
On peut dire que les mages accourent aux noces du Christ et de l’Église, car elles ont commencé par l’Incarnation du Verbe, à laquelle la Vierge a consenti au nom de toute la race humaine [2].
« Le Père a fait les noces de son Fils quand il l’a associé à la sainte Église par le mystère de l’Incarnation. Le sein de la Vierge mère fut le lit nuptial de cet époux. C’est pourquoi le psalmiste dit : ‘il posa une tente au soleil, et comme un époux quittant son lit nuptial, il bondit comme un héros pour courir sa carrière.’ Il est sorti de son lit nuptial comme un époux car le Dieu incarné est sorti du sein non-corrompu de la Vierge pour s’unir son Église. » [3]
Les mages sont les prémices des gentils, c'est-à-dire les premiers fidèles du Christ, issus des nations étrangères au peuple juif. Les noces de Cana - dont l’époux et l’épouse nous sont inconnus et dont on ne parle pas, comme s’ils étaient tout à fait accessoires – sont le symbole de celles du Christ et de l’Église. Les richesses spirituelles et la communion de charité qui résultent de ces noces sont symbolisées par le changement de l’eau en vin.


Lire la suite de l'exposé sur l'Épiphanie : l'adoration des Mages.
Lire la suite de l'exposé sur l'Épiphanie : le Baptême du Christ.
Lire le sermon de saint Pierre Chrysologue sur : le Mystère de l'Épiphanie.



[1] On peut noter cette indication de Cassien : « Au dire des prêtres de la province [d'Égypte] le jour de l'Épiphanie est l'anniversaire à la fois du baptême du Seigneur et de sa naissance selon la chair - et c'est pourquoi ce double mystère ne fait pas chez eux, comme en Occident, l'objet de deux solennités différentes mais d'une seule et même fête. » Conférences, 10,2

[2] Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologica, III, 30, a1

[3] Apertius ergo atque securius dici potest quia in hoc Pater regi Filio nuptias fecit, quo ei per incarnationis mysterium sanctam Ecclesiam sociavit. Uterus autem genitricis Virginis huius sponsi thalamus fuit. Unde et Psalmista dicit: In sole posuit tabernaculum suum, et ipse tanquam sponsus procedens de thalamo suo. Tanquam sponsus quippe de thalamo suo processit, quia ad coniungendam sibi Ecclesiam incarnatus Deus de incorrupto utero Virginis exivit. » (Saint Gregoire le Grand, Hom. in Evang., II, 38, n3 = PL 76,1283)