« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

13 janvier 2017

ÉPIPHANIE 2.


Le baptême de Notre-Seigneur


Si nous suivons le récit du baptême du Christ tel qu’il est raconté dans les évangiles synoptiques nous voyons que saint Jean commence par refuser de baptiser le Christ. « Jean s'en défendait en disant: " C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par vous, et vous venez à moi ! " Jésus lui répondit : " Laisse faire maintenant, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. " Alors Jean le laissa faire. » (Mt 3) Le baptême de Jean n’était pas le baptême chrétien, mais seulement un symbole de pénitence et de conversion. En le recevant on manifestait sa volonté de conversion et de changement de vie. Ce baptême, le Fils de Dieu n’en avait pas besoin. Il a voulu le recevoir en vertu de la même raison pour laquelle il est né sur terre : afin de nous sauver. Il a voulu être solidaire de l’humanité pécheresse et se faire pécheur comme nous, bien qu’il ne le fût pas en réalité.
« Celui qui n'a point connu le péché, il l'a fait péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » (2 Co V)
Le Christ montra ainsi qu’il est le Sauveur « qui enlève les péchés du monde. » parce qu’il a pris sur lui nos péchés. Il a pris sur lui le châtiment du péché en se revêtant de notre humanité pécheresse.







Entrant dans l’eau du Jourdain il n’est pas purifié, mais c’est l’humanité qui est purifiée, une nouvelle humanité, l’Église, qui devient la fiancée du Christ, fiancée, c'est-à-dire l’épouse promise, puisqu’elle ne deviendra vraiment épouse que sur la Croix. Au Jourdain, le Christ « trouva l’Église prostituée, il la rendit vierge. » [1]

Par son baptême le Christ a fondé le sacrement qui est le principe de toute la vie de l’Église car il est le premier sacrement. Le baptême de saint Jean Baptiste était un rite de l’Ancien Testament. Le Christ ne le supprime pas purement et simplement, mais il le transforme en rite du Nouveau Testament. Dès lors le baptême devient un sacrement. La fête de l’Épiphanie est donc aussi une fête du baptême. En certaines Églises on consacre l’eau baptismale ou on bénit l’eau qui, devenue matière du sacrement, est objet d’une vénération spéciale. En Russie existe la coutume de jeter une croix dans l’eau du fleuve que des nageurs vont récupérer. Le peuple hébreu était entré dans la Terre promise en traversant le Jourdain. Le Christ entre dans ce même fleuve et, avec lui, il fait entrer les chrétiens par l’eau du baptême.

Alors « Jésus ayant été baptisé sortit aussitôt de l'eau, et voilà que les cieux s'ouvrirent pour lui, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voilà que des cieux une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » (Mt 3) « Bien-aimé » cette expression est équivalente à μονογενης, Fils unique, le Fils de Dieu. Le Père proclame que Jésus est son Fils et le Saint-Esprit se révèle sous forme d’une colombe. C’est la première manifestation de la Sainte Trinité. Le baptême du Christ nous communique la vie de Dieu, la vie unique des trois personnes.

« Et Jean rendit témoignage en disant : "J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s'est reposé sur lui. […] Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se reposer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. » (Jn 1)
Le Saint-Esprit repose sur Jésus-Christ. En tant qu’homme, selon sa nature humaine distincte de sa nature divine, Jésus reçoit une consécration, une onction par laquelle il est Fils de Dieu. Il ne devient pas Fils de Dieu au moment de son baptême - il l’est depuis sa conception dans le sein de la Vierge - mais il se révèle Fils de Dieu dans son baptême. Le baptême du Christ manifeste la vivifiante et indivisible Trinité, ainsi que la filiation divine de Jésus-Christ.

Ceci nous rappelle que la grâce baptismale n’est pas une chose passée mais une chose présente et actuellement agissante qui est le fondement de toute notre vie chrétienne, de tous les sacrements, de toute notre vie morale et liturgique. C’est la grâce du baptême qui se développe par la réception des autres sacrements, ou qui revit par le sacrement de pénitence si nous avons eu le malheur de la perdre. C’est par elle que nous aimons Dieu et notre prochain, et que nous pratiquons les commandements de Dieu. C’est par elle que nous participons à la célébration de la Liturgie.

L’eau purifie, mais aussi elle donne la vie et fait resplendir les choses qui en sont aspergées. C’est de l’eau que sont nés, d’après le récit de la Genèse, les premiers animaux :
« Dieu dit: Que les eaux foisonnent d'une multitude d'êtres vivants, et que les oiseaux volent sur la terre, sur la face du firmament du ciel. Et Dieu créa les grands animaux aquatiques, et tout être vivant qui se meut, foisonnant dans les eaux, selon leur espèce, et tout volatile ailé selon son espèce. » (Gn 1)
C’est l’eau qui donne la vie aux oasis des déserts. C’est l’eau qui donne la vie aux jardins et aux vergers. C’est l’eau qui donne la lumière aux choses qu’elle recouvre car elle reflète la lumière du soleil.

Lire la première partie de l'exposé sur : l'Épiphanie.
Lire le sermon de saint Pierre Chrysologue sur : le Mystère de l'Épiphanie.


[1] « Meretricem invenit, virginem fecit. » (Saint Augustin Sermon 213,7)