« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

07 avril 2017

Extrait du Cérémonial de Lanfranc

Au Moyen-Âge en certains lieux, la procession des rameaux incluait une adoration du Saint-Sacrement. Le texte suivant est un exemple de cérémonial. Il a pour auteur Lanfranc (+1089), abbé du Bec-Helloin (Normandie) puis archevêque de Cantorbéry, supérieur et maître de saint Anselme. L'ordonnance de cette cérémonie montre bien la signification royale et triomphale de la procession [1].

Après Tierce on lit l’évangile Turba multa. Ensuite l’abbé ou un prêtre bénit les palmes, les fleurs et les rameaux placés devant l’autel majeur sur un tapis ; il les asperge d’eau bénite et les encense. Les sacristains distribuent les palmes à l’abbé, aux prieurs et aux plus dignes, les fleurs et les rameaux aux autres personnes. Entre-temps on chante les antiennes Pueri Hebraeorum qui sont entonnées par le chantre.

On part alors en procession, le chantre entonnant ce qui doit y être chanté. Lorsque la procession quitte le chœur on sonne toutes les cloches. L’ordre de la procession est le suivant : les familiers portant les bannières, un convers portant le bénitier, deux autres portant deux croix ; puis deux autres portant deux candélabres avec les cierges allumés, deux autres portant deux encensoirs allumés et garni d’encens. C’est l’abbé qui impose l’encens, s’il est au chœur, sur présentation des encensoirs et de la navette par les convers thuriféraires ; ou bien le chantre en l’absence de l’abbé. Car c’est lui qui distribue ce qui doit être porté et qui met en ordre la procession. Suivent deux sous-diacres portant deux évangéliaires. Puis les moines laïcs et les enfants avec leur maîtres. Après eux suivent les autres frères, deux par deux comme les prieurs, et l’abbé, en dernier.

Voici ce qui est chanté à la procession, en totalité ou autant que le permettra le parcours : Ante sex dies, Cum appropinquaret, Prima autem azymorum, Dominus Jesus, Cogitaverunt, Cum audisset populus, omnes collaudant. Lorsqu’on est parvenu en son lieu, on fait la station de la manière suivante. Tandis que le chantre entonne l’antienne Occurrunt turbae deux prêtres revêtus de l’aube sortent en portant un brancard qu’ils ont auparavant disposé, et sur lequel se trouve le corps du Christ. Les porteurs de bannières, de croix et d’autres objets mentionnés précèdent ce brancard. Les porteurs s’arrêtent et se tiennent de part et d’autre du brancard, dans l’ordre où ils sont venus. Les enfants s’approchent et se tiennent face à la procession, avec leurs maîtres et quelques chantres qui peuvent leur être en aide. Les anciens se tiennent face à face comme au chœur. Cette station est ordonnée de manière à ce qu’il y ait un petit intervalle entre les enfants et le reste du couvent. L’antienne occurrunt turbae étant achevée les enfants et ceux qui sont avec eux chantent l’antienne Hosanna filio David, en génuflectant au début et à la fin au mot Hosanna. Le chœur répète l’antienne et génuflecte de même. Ensuite les enfants chantent l’antienne Cum angelis, génuflectant à la fin. Cette antienne est répétée par le couvent qui génuflecte de même (?).

Après quoi, l’antienne Ave, rex noster ayant été entonnée par l’abbé ou le chantre, les porteurs franchissent la station, précédés par les porteurs de bannières et autres porteurs, l’ordre d’arrivée étant conservé. Tous génuflectent, non en même temps, mais, de chaque côté, à mesure que le brancard passe devant chacun. Après le chant de cette antienne on en chante d’autres selon que le permet la distance. Arrivé aux portes de la ville on fait une station, les distances entre deux chœurs étant gardées selon l’espace dont on dispose ; le brancard est posé sur une table recouverte d’une nappe, les porteurs se tenant de chaque côté, face à face, la table entre eux. Ce lieu à l’entrée de la ville doit être dignement orné de draperies et de parements.




Tout étant ainsi ordonné, les enfants et ceux qui les accompagnent chantent depuis un lieu convenable Gloria laus et le chœur répond. Les enfants chantent Israel es tu Rex, et le chœur Cui puerile decus ; de même Plebs Hebraea tibi, et le chœur Cui puerile ; Coetus in excelsis et Gloria laus. Après quoi le chantre entonne le répons Ingrediente Domino ; la procession entre alors dans la ville et on sonne les deux grosses cloches, ce jusqu’à l’entrée de la procession dans le chœur [de l’église] où on sonnera les autres cloches pour la messe. Les choses étant ainsi ordonnées, parvenu aux portes du monastère, on fait une station, les enfants conservant leur ordre entre les deux chœurs. On dépose le brancard sur une table recouverte d’une nappe. Le chantre aura entre temps entonné le répons Collegerunt pontifices pour qu’il s’achève à ce moment ; après ce répons trois ou quatre frères, qui se tiennent entre le chœur et le reste de la procession, revêtus de chapes que le sacristain aura préparées, chantent le verset Unus autem ex ipsis. Après quoi on entre dans l’église au chant des antiennes Principes et Appropinquabat que le chantre entonne. Entré dans l’église on fait une station semblable devant le crucifix préalablement découvert. Là trois ou quatre frères en chape exécutent le répons Circumdederunt. Après quoi l’abbé entonne le répons Synagogae et on entre dans le chœur tandis que l’on sonne les cloches pour la messe ; à la messe on tient les palmes et les rameaux à la main, et on les offre après l’oblation du pain et du vin, à la suite du diacre, selon l’ordre hiérarchique.




[1] Decreta pro ordine S. Benedicti hoc est ordinationes quas monachi tum in monasteriis, tum etiam in ecclesiis cathedralibus observare debeant - I cf. PL 150, 455