« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

16 avril 2017

PASCHA NOSTRUM !


« Fête des fêtes, solennité des solennités ! »


Ainsi s'exclame saint Grégoire de Nazianze à propos de la fête de Pâques. C'est effectivement le sommet de l’année liturgique. On y célèbre l’accomplissement définitif de l’œuvre du Salut, car la Résurrection scelle la victoire du Christ sur la mort et sur le péché.

Tout ce qui précède la Résurrection du Christ n’en est que la condition et la préparation.
C’est par elle que l’Incarnation et les événements de la vie terrestre du Verbe incarné obtiennent leur effet qui est la résurrection des âmes, puis des corps :
« Comme tous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés dans le Christ »
(1 Co 15,22).
Alors « les Anges tremblent en voyant renversé le sort des mortels : C’est la chair qui pèche et la chair qui purifie, un Dieu règne dans la chair même d’un Dieu » ! (hymne des Matines de l’Ascension)




Pâques est le jour de la nouvelle création, le jour que fait le Seigneur, comme nous le chantons pendant toute l’octave :
« Voici le jour que fit le Seigneur : réjouissons-nous et exultons en lui. » (Ps 117).
Le premier jour du monde Dieu créa la lumière (Gn 1,3). C’est aussi le premier jour de la semaine que Dieu opère la re-création du monde par le Christ, « lumière du monde » (Jn 8,12). Le soleil, dont la lumière ne cesse de croître en cette saison, est le symbole du Christ ressuscité :
« Il s’élance d’une extrémité des cieux, et sa course atteint jusqu’à l’autre ; rien n’échappe à sa chaleur. » (Ps 18)

Le jour de Pâques est prolongé par le Temps Pascal, qui constitue avec lui comme une seule fête. Ce sont les cinquante jours qui s’écoulent jusqu’à la Pentecôte. Cette institution remonte aux temps apostoliques. Les Pères en témoignent.

Selon saint Augustin et d’autres Pères, tandis que le nombre quarante est symbole de notre vie terrestre, ce temps de la « cinquantaine » représente la vie éternelle.


Quinquagenario uero numero post resurrectionem domini, quo cantamus alleluia, non cuiusdam temporis finis et transitus, sed beata illa significatur aeternitas; quia denarius additus quadragenario, laborantibus in hac uita fidelibus merces illa persoluitur, quam et primis et nouissimis paterfamilias praeparauit aequalem.
« Par le nombre de cinquante jours, pendant lesquels après la résurrection du Seigneur nous chantons l’Alléluia, ce n’est pas la fin d’une période ou d’un passage quelconque qui est signifiée, mais l’éternité bienheureuse ; le denier (dix) ajouté à quarante constitue le salaire payé à ceux qui sont fidèles dans les travaux de cette vie par le Père de famille, qui a préparé à tous la même récompense, qu’ils soient les premiers ou les derniers. »[1]


Ecce dies isti sancti, qui post resurrectionem Domini celebrantur, significant futuram vitam post resurrectionem nostram. Sicut enim Quadragesimae dies ante Pascha significaverunt laboriosam vitam in hac aerumna mortali: sic isti dies laeti significant futuram vitam, ubi erimus cum Domino regnaturi. Vita quae significatur Quadragesima ante Pascha, modo habetur: vita quae significatur quinquaginta diebus post resurrectionem Domini, non habetur, sed speratur, et sperando amatur; et in ipso amore Deus qui promisit ista, laudatur, et ipsae laudes Alleluia sunt.
« Voici que ces saints jours, qui sont célébrés après la Résurrection du Seigneur, signifient la vie future après notre résurrection. Comme les quarante jours d’avant Pâques ont signifié la vie pénible dans les labeurs de cette vie ; ainsi ces jours de joie signifient la vie future, où nous régnerons avec le Seigneur. Nous sommes actuellement dans la vie signifiée par les quarante jours avant Pâques ; la vie signifiée par les cinquante jours après la Résurrection du Seigneur, n’est pas possédée maintenant, mais espérée, et en l’espérant nous l’aimons ; et dans cet amour Dieu qui l’a promise est loué, et les louanges sont l’Alléluia. »[2]


Dans un autre sermon [3], saint Augustin développe le symbolisme du nombre 50. Étant la somme de 40 (la vie terrestre) et de 10, il représente la récompense et la perfection qui succèdent à la vie pénitente. Étant aussi la somme de 7x7 et de 1, il représente la perfection achevée.

En ce temps pascal donc, le chrétien, renouvelé par la résurrection du Christ, anticipe la vie glorieuse qui sera la sienne :
« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu ; affectionnez-vous aux choses d'en haut, et non à celles de la terre : car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire. »

Outre la fréquence de l’Alléluia dans les chants sacrés, la pratique du temps pascal est marquée, comme on l’a dit, par la station debout lors de la Liturgie et l’exclusion du jeûne. Ces signes extérieurs manifestent ce que doit être l’état intérieur de l’âme. L’Église nous a incités à la pénitence et à la componction durant le Carême. Mais la douleur du péché et l’union aux souffrances du Christ ne sont pas une fin en soi, mais un passage vers la joie et la gloire. La douleur et la souffrance ne sont que des passages et des moyens. La douleur pour nos péchés est dominée par la certitude du pardon et la joie de la renaissance dans le Christ.
C’est bien mal comprendre l’œuvre du Christ et faire injure à sa victoire que de ne voir la vie chrétienne que sous l’aspect de la mortification et de la souffrance. En réalité, c’est le monde qui est triste : ne voulant pas faire pénitence pour ses péchés, il ne veut pas non plus de la joie du Christ et demeure dès lors dans l’obscurité.
Durant tout le temps pascal, l’Église invite au contraire ses fidèles à « célébrer par leur vie le mystère qu’ils ont reçu par la foi ». (collecte du Mardi de Pâques)




Tout comme le Christ fut présent avec ses apôtres pendant les quarante jours qui suivirent sa résurrection, l’Église vit pendant le temps pascal le mystère de la présence du Christ, symbolisé par le cierge pascal qui est allumé à tous les offices solennels jusqu’à la fête de l’Ascension. L’Époux est toujours présent auprès de son Épouse, bien que de manière invisible. Ce n’est pas le moment de nous affliger de son absence, mais de croire en sa présence, d’en vivre et de nous en réjouir.

Voyons maintenant plus en détail la succession des dimanches et des fêtes de ces cinquante jours.
Pâques est tout d’abord suivie d’une octave. C’est la toute première qui ait été instituée ; les autres l’ont été à son imitation [4]. Pendant cette octave les évangiles racontent diverses apparitions du Christ ressuscité. Celui du dimanche octave a pour objet l’apparition à l’apôtre saint Thomas, qui eut effectivement lieu huit jours après. Les évangiles des dimanches suivants nous conduisent à l’intimité du mystère pascal. Ainsi, par exemple, le deuxième dimanche après Pâques, on chante le Christ Bon Pasteur, mort pour donner sa vie à ses brebis.

Les trois derniers dimanches après Pâques, nous entendons des extraits du ‘discours après la cène’. Bien que ce discours ait été prononcé avant la Passion il contient des révélations qui ne peuvent se comprendre que dans la perspective de la Résurrection et du départ du Christ vers le Ciel.
Le Christ y annonce son départ et la venue du Saint Esprit. Or, ce retour du Christ vers le Père inclut sa Passion, sa Mort, sa Résurrection et son Ascension. Par cette Ascension le Christ achève et parfait le sacrifice qui avait commencé par son Incarnation. Il est passé par la mort de la Croix pour entrer au Ciel. L’Ascension est l’achèvement du sacrifice du Christ, comme le dit l’épître aux Hébreux (Hb 9,11-12).

De ce sanctuaire où il est entré, le Christ envoie et ne cesse d’envoyer le Saint Esprit à l’Église. Alors que la Résurrection n’était connue que de la petite communauté des apôtres et des disciples, la Pentecôte fait éclater en triomphe cette secrète victoire : c’est le commencement de l’œuvre de l’Église par le Saint Esprit. L’Église fête aussi en ce jour la moisson spirituelle des âmes, tandis que les juifs y célébraient les moissons matérielles.

Lire notre article sur la date de Pâques et sa place dans la Tradition de l'Église...
Lire aussi sur le Mystère de Pâques : FESTA PASCHALIA !



[1] Saint Augustin, Enarrationes super Psalmos, 110,1. Voir aussi ibid. 148,1.

[2] Saint Augustin, Sermon 243,8.

[3] Saint Augustin, Sermon 259,2.

[4] L’octave de la Pentecôte est un supplément au temps pascal, ajouté au VIIIe siècle. Ce qui explique que le jeûne reprenne par les Quatre-Temps d’été, qui constituent un jeûne de joie et d’action de grâce.