« Considérons comment il nous faut être en présence de la Divinité et de ses Anges, et quand nous nous tenons debout pour psalmodier, faisons en sorte que notre esprit concorde avec notre voix. »

Translatio

03 juin 2017

PENTECÔTE 2)

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La loi du Sinaï donnait au peuple juif sa constitution et l’établissait comme peuple sacré et sacerdotal. En ce jour, le nouveau peuple de Dieu connaît aussi sa propre fondation. Cette loi spirituelle donne au nouveau peuple de Dieu sa constitution, laquelle n’est pas d’abord législative et canonique mais consiste dans la vie de l’Esprit Saint. C’est le Saint-Esprit qui lui donne sa forme ultime.

La venue du Saint-Esprit, au jour de la Pentecôte, est un phénomène aussi grand dans l'économie divine du salut de l'homme que l'Incarnation du Verbe dans le sein de la Très Sainte Vierge. […] Le moyen par lequel le Saint-Esprit remplit sa mission purificatrice est l'Église Catholique qui est, essentiellement, un peuple réuni par le Saint-Esprit dans la foi en la victoire du Christ. [1]

La présence du Saint-Esprit dans l’Église est aussi nouvelle [à la Pentecôte] que celle du Fils de Dieu à l'Incarnation. […] La venue du Fils de Dieu et la venue du Saint-Esprit sont deux faits semblables, analogues, étant posé que le Verbe se tient uni substantiellement à la nature humaine, tandis que le Saint-Esprit est devenu, pour ainsi dire, l'âme qui donne la vie à toute l’Église. Le Saint-Esprit ne remplace pas le Christ mais la présence intérieure du Christ dans l’Église remplace sa présence extérieure. Sans le Saint-Esprit la religion chrétienne ne serait plus qu'un événement historique. Le Saint-Esprit nous conserve tout ce que Notre Seigneur a fait, tout ce qu'Il a dit. [2]

De même que le Verbe de Dieu est présent en l’homme Jésus-Christ par l’union hypostatique, ainsi le Saint-Esprit est présent dans l’Église. C’est par lui que le Christ est vivant en elle, et que se conserve ce qu’il y a établi. Sans le Saint-Esprit la religion ne serait qu’un phénomène culturel, et l’Église ne serait qu’un organisme social, purement humain. Or, tous les membres, toutes les articulations, toutes les communautés et toutes les hiérarchies qui forment et animent l’Église, vivent par le Saint-Esprit.
« Dans le corps physique, les membres divers sont maintenus dans l'unité par l'action de l'esprit, qui vivifie et dont le retrait entraîne la disjonction des membres. De même dans le corps de l'Église, la paix entre les divers membres se conserve par la vertu du Saint-Esprit. » [3]
« Ce que l’âme est au corps d’un homme, le Saint-Esprit l’est au corps du Christ qui est l’Église : ce que fait l’âme dans tous les membres d’un seul corps, le Saint-Esprit le fait dans toute l’Église. » [4]
Toutes les actions de l’Église, la Liturgie, les sacrements, la doctrine, les missions, tout est animé par le Saint-Esprit.



Il nous faut donc voir l’Église autrement que comme une institution sociale ou un appareil administratif. L’institution sociale est bien mal en point aujourd’hui, mais l’essentiel n’est pas là. Par les yeux de la foi, nous voyons au-delà.

L’Église ne se réduit pas à son aspect extérieur. Le Saint-Esprit y est toujours présent. Il est absent là où il y a l’erreur et le péché, mais il continue d’agir. Cette action n’est certes pas toujours évidente, mais le principe demeure : L’Église est là où agit le Saint-Esprit, et inversement. Il ne peut pas quitter l’Église, de même que le Verbe ne pouvait pas quitter la nature humaine du Christ, même sur la Croix. Notre vie chrétienne, la vie de nos familles, de nos communautés, la Liturgie que nous célébrons sont l’œuvre du Saint-Esprit.

Inversement, nous ne devons pas limiter l’œuvre du Saint-Esprit à notre univers personnel ou à notre petite communauté. Le Saint-Esprit est plus puissant que les divisions établies par les hommes. D’une manière qui ne nous est pas forcément évidente, le Saint-Esprit continue d’être présent partout dans l’Église. Mêlé à l’erreur et au péché - mais nous-mêmes, sommes-nous exempts de ténèbres ? - le feu du Saint-Esprit se diffuse dans tout le Corps mystique du Christ. En ce sens là - en ce sens-là seulement - la Pentecôte est permanente.
L’Église est toujours jeune, même si certaines institutions humaines sont vieillies.
C’est toujours dans l’Église que nous recevons la vie.




[1] Dom Anschaire Vonier, La victoire du Christ, c.13-14.

[2] Dom Anschaire Vonier, L'Alliance nouvelle et éternelle, c.6.

[3] Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologica, II-II, 183, a2, ad3.

[4] Saint Augustin, Sermon 267,4.